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Les différentes familles de colles composites présentation et expérimentation

Publié par Flaggada le 07-08-2010 (5419 lus)

Résumé :

Actuellement, les fabricants proposent à l’orthodontiste une large gamme de systèmes
de col­lage. L’orthodontiste a du mal à se repérer dans la multitude de produits proposés.
Ces systèmes de col­lage peuvent être classés en quatre familles:

— les colles traditionnelles hydrophobes,

— les colles hydrophiles,

— les colles auto-mordançantes,

— les verre-ionomères modifiés par addition de résine.

Cet article étudie les trois premières familles, qui correspondent aux colles composites.

Après une présentation de l’assemblage collé et du cahier des charges des systèmes de collage en ortho­dontie, les trois familles de systèmes de collage composites sont présentées
avec leurs avantages et incon­vénients.
 Le protocole clinique correspondant est décrit. Chaque fois qu’une expérimentation, dans notre laboratoire, permet d’apporter une preuve expérimentale, elle est présentée au sein des chapitres concer­nés.




1      Introduction

 

Depuis qu’en 1955, BUONOCORE5 a introduit le mordançage de l’émail
à l’acide phosphorique, le collage sur l’émail a connu un large succès.
NEWMAN23 a proposé, pour la première fois, le collage direct des brackets orthodontiques
à l’aide d’une résine époxy en remplacement des systèmes de scellement des bagues.
Le collage des brackets est devenu depuis, un acte quotidien en orthodontie.
La maîtrise de cette étape clinique est un maillon clé de la chaîne technique nécessaire
à la fiabilité de l’outil multiattache.
Les performances de ce collage participent au bon déroulement du traite­ment et conditionnent l’organisation du cabinet.

Avec l’apparition des nouvelles générations de systèmes adhésifs en dentisterie adhésive,
de nou­velles propositions ont été faites pour le collage des brackets.

Actuellement, les fabricants proposent à l’or­thodontiste une large gamme de systèmes
de col­lage. L’orthodontiste a du mal à se repérer dans la multitude de produits proposés.
Les ques­tions que la plupart des orthodontistes se posent sont:

— quel système de collage faut-il choisir ?

— quel est le système le plus fiable ?

Avant de répondre à ces questions, il nous a paru utile de présenter l’assemblage collé
et le cahier des charges des systèmes de collage en orthodontie. 

Dans un dernier temps, nous présen­terons les quatre familles de systèmes adhésifs
avec leurs avantages et inconvénients, et nous décrirons leur protocole d’utilisation clinique. Chaque fois qu’une expérimentation réalisée dans notre laboratoire permettra d’apporter
une preuve expérimentale, nous la présenterons au sein du chapitre concerné.

 

2      Composants de l’assemblage collé

L’assemblage collé en orthodontie est constitué de trois composants :

  1. le substrat peut être l’émail, le métal, de la céramique ou du composite
  2. la colle
  3. le bracket.

 

Ces trois composants définissent deux inter­faces.

1. l’interface colle/substrat

2. l’interface colle/bracket.

 

C’est l’étude de ces deux interfaces et de la qua­lité des colles qui nous permet d’optimiser
les per­formances du collage.

La qualité de l’interface colle/substrat dépend de la nature et des propriétés de la colle
comme de la nature et du traitement de la surface du sub­strat.
La qualité de l’interface colle/bracket dépend également de la nature et des propriétés
de la colle, mais aussi de la nature et du traitement de la base du bracket.
Le traitement de la base du bracket est globalement assumé par le fabricant

les auteurs ne traiteront, dans cet article, que de l’interface colle/substrat.

 

3      Cahier des charges des systèmes de collage en orthodontie

Avant d’étudier le problème du choix des colles, il nous semble nécessaire de faire
un bref rappel sur le cahier des charges des systèmes de collage en orthodontie.

Les systèmes de collage doivent présenter un certain nombre de propriétés générales
liées à leur utilisation dans le milieu buccal, et de propriétés spécifiques liées à leur utilisation en orthodontie.

 

3.1    Propriétés générales

Comme tout matériau introduit dans la cavité buccale, les systèmes de collage orthodontiques doivent présenter :

·      une résistance aux agressions chimiques et physico-chimiques du milieu buccal
(variations du pH et de la température liées au régime ali­mentaire)

·      une résistante à la solubilité à cause de la pré­sence permanente de la salive
dans le milieu buc­cal

·      une bonne biocompatibilité et, mieux, une bioactivité par libération de produits
bactériosta­tiques.

 

3.2    Propriétés liées à l’application en orthodontie

 

Tout système de collage en orthodontie doit présenter

  1. une adhésion suffisante pour éviter le décol­lement des brackets
  2. une étanchéité immédiate, mais qui doit aussi être conservée dans le temps pour éviter tout pro­blème de taches de déminéralisation ou de lésions carieuses sous la colle.
  3. des propriétés mécaniques suffisantes car la tenue de l’assemblage
    ne dépend pas seulement de l’adhésion de la colle, mais aussi de propriétés mécaniques qui ne doivent pas être excessives pour ne pas nuire à l’intégrité de l’émail
    lors de la dépose des brackets
  4. un temps de travail suffisant pour permettre le multicollage des brackets
  5. une élimination aisée des excès
  6. une dépose facile des attaches sans dommage pour la surface amélaire
  7. enfin, une certaine tolérance à la manipula­tion dans un milieu
    où une contamination humide ou salivaire accidentelle est possible.

 

Malheureusement, il n’existe aucun système de collage qui réponde à l’ensemble
de ce cahier des charges.
C’est pourquoi l’orthodontiste est conduit à faire un choix entre les différents sys­tèmes
de collage apportons quelques éléments qui permettent d’éclairer ce choix.

 


4      Les différentes familles de colles en orthodontie

 

En orthodontie, on appelle communément «colle» tous les matériaux unissant la dent
et le bracket.
 Les colles sont composées d’un adhésif et d’un composite, sauf dans le cas
des ciments verre-ionomères qui ne nécessitent pas d’adhésif.
 Pour cette raison, nous parlerons de colle, en dis­tingua nt l’adhésif et le composite.

Les quatre familles de systèmes de collage sont:

1. les colles traditionnelles hydrophobes

2. les colles hydrophiles

3. les colles auto-mordançantes

4. les ciments verre-ionomères modifiés par addition de résine.

Seules les trois premières familles de systèmes de collage seront traitées dans cet article.
Ces trois familles correspondent aux colles composites.
Les verre-ionomères seront traités dans une prochaine publication.

Dans chacune de ces familles de colles compo­sites quelle qu’elle soit,
 les trois conditions essen­tielles nécessaires pour la réussite d’un assemblage collé sur l’émail sont :

1. Une préparation de la surface de l’émail en deux temps : le nettoyage,
puis le traitement de surface.

Il existe différents moyens pour nettoyer la sur­face amélaire.
La proposition la plus documentée est celle qui utilise une brossette enduite de ponce,
suivie d’un rinçage soigneux.

Le traitement de surface dépend de la nature de la colle qui sera utilisée.
On distingue :

Þ des colles qui nécessitent un mordançage acide préalable de la surface amélaire
(les colles traditionnelles et les colles hydrophiles)
Þ et des colles qui ne nécessitent pas de mordançage acide préalable
(systèmes auto-mordançants).

 

2. Une pénétration de l’adhésif dans les zones de déminéralisation créées par le traitement
de surface.
Cette pénétration est sous la dépendance de la déminéralisation et de la réactivité de surface assurées par le traitement de surface.

 

3. Une polymérisation efficace du matériau de collage.
Cette polymérisation dépend de plusieurs paramètres que nous allons évoquer ci-après.

 

4.1    Les colles traditionnelles hydrophobes

Le tableau I présente quelques exemples commer­ciaux de cette famille de colles,
en fonction de leur mode de prise.

4.1.1    Préparation de la surface de l’émail

4.1.1.1  Nettoyage de la surface amélaire

Une des conditions essentielles pour une bonne adhésion est l’étalement de la colle sur le substrat.
Une expérimentation nous a permis de comprendre l’influence du nettoyage et du traite­ment de surface sur la réactivité des surfaces amé­laires.

Etude expérimentale

· Objectif

L’objectif de cette expérimentation est d’évaluer l’influence de l’acide phosphorique et de la ponce sur la réactivité de la surface amélaire.

·      Principe :


Pour évaluer la réactivité de surface d’un sub­strat, les auteurs ont effectué des études  de mouilla­bilité, qui consistent à déposer des gouttes d’adhé­sifs ou de différents liquides
de référence, puis à évaluer leur étalement. L’étude de la mouillabilité est donc l’une des approches disponibles pour étu­dier l’adhésion : plus le liquide s’étale, meilleure sera l’adhésion. Sa quantification est effectuée par la mesure de l’angle de contact correspondant à l’angle formé par la tangente de la goutte au pied de la goutte, et l’horizontale (FIG. 3).

·      Matériels et méthodes

L’expérimentation a été réalisée sur des dents intactes, fraîchement extraites et conservées dans de la chloramine T à i %

Nous disposons pour cela d’un dispositif com­posé d’une caméra CCD, d’une carte d’acquisition et d’un logiciel informatique permettant l’acquisi­tion et le traitement des images de la goutte dépo­sée sur le substrat (FIG. 4).

Notons que les valeurs de l’angle de contact, obtenues pour une surface amé­laire non traitée, sont élevées (q=80°).
Le simple nettoyage à l’aide d’une brossette et de la ponce permet de réduire les valeurs de moitié.
D’où, le rôle important de cette étape souvent oubliée ou négligée par les orthodontistes. Le traitement à l’acide phosphorique (37 %, 30 secondes) permet une diminution encore plus importante de l’angle de contact15.

4.1.1.2  Traitement de la surface amélaire

Les colles traditionnelles sont des colles qui nécessitent un mordançage préalable de l’émail
à l’acide phosphorique après le nettoyage de la sur­face.
Ce mordançage permet la création d’un relief favorable à l’ancrage de la colle32 sous la forme de brides résineuses.

1.Les paramètres d’influence du mordançage de l’émail

·      Nature de l’acide

En orthodontie, il est largement reconnu que le mordançage à l’acide phosphorique représente l’acide le plus efficace et le plus utilisé.

· Concentration de l’acide

BUONONOCORE5, en 1955, a initialement proposé l’utilisation de l’acide phosphorique
à 85%.
Depuis, plusieurs travaux ont montré que la dimi­nution de la concentration de l’acide n’affectait pas l’adhésion à l’émail4.
Il a été rapporté qu’une concentration à 10% de H3P04 donne des valeurs de rétention de la résine sur la surface amélaire non significativement différentes de celle à 50 %26.

SHINCHI et al.30 ont montré que la force de rétention de la résine sur l’émail n’est pas signifi­cativement différente pour une concentration de 3, 5, 10, 20, 35 ou 65 % d’acide phosphorique. Cependant, la longueur des brides résineuses varie en fonction de la concentration acide.
Elle est maximale pour 35 % de H3P04 (22 mm), de 12 mm pour 20 %, 9 mm pour 5, 10  et 65% et de 5 mm pour 3 %.
Aujourdlhui. l’acide phosphorique à 35-37 % est le plus largement utilisé pour le col­lage en orthodontie.
En effet, le clinicien peut éva­luer la qualité de son attaque acide par la visuali­sation de l’aspect blanc crayeux de l’émail qui n’est obtenu qu’à une concentration supérieure à 20%.

·      Temps d’attaque :

Jusque dans les années 1975, on préconisait une attaque acide d’environ une minute 31,32.

Plusieurs études ont essayé de déterminer l’in­fluence du temps d’attaque.
Dans leurs études conduites in vivo, CARTENSEN 6 et SADOWSKY et al.27 ont montré qu’il n’y avait pas de différence signifi­cative en terme de décollement des brackets, entre 15 et 30 secondes et entre 30 et 60 secondes de temps d’attaque.

Actuellement, il est conseillé de réaliser un temps d’attaque d’environ 30 secondes.
Notons l’approximation du temps d’attaque en effet, en pratique orthodontique, un temps d’attaque précis à obtenir serait aberrant puisque, lors d’un multi­collage des brackets (de prémolaire droite à pré­molaire gauche), le temps d’attaque ne peut pas être le même pour toutes les dents.

·      Consistance de l’acide

Les gels colorés et les solutions d’acide phos­phorique présentent le même potentiel d’attaque. Cependant, le gel surtout quand il est coloré, per­met un meilleur contrôle
de la surface d’attaque. Il permet une application sélective et localisée cor­respondant à la surface de collage.

·      Temps de rinçage

Il est classiquement conseillé en dentisterie adhésive de réaliser un temps de rinçage au moins égal au temps d’attaque (15 s).
Un tel temps de rinçage, très long, semble inapplicable en ortho­dontie. Un rinçage soigneux, d’au moins cinq secondes par dent, s’avère suffisant.

· Temps de séchage et contamination humide :

La qualité du collage des résines constituées essentiellement de monomères hydrophobes est affectée par la présence d’eau ou d’humi­dité 13,25,40.

Il faut sécher jusqu’a obtenir l’aspect blanc crayeux caractéristique.

· Contamination salivaire

SILVERSTONE et al. ont montré qu’une contami­nation salivaire même d’une seconde entraînait la formation dl une couche adhérente d’adsorbats, oblitérant la porosité amélaire nécessaire à la rétention.
Cette pellicule est adhérente et ne peut pas être éliminée par un simple rinçage à l’eau. Un nouveau mordançage s’avère nécessaire33.

2. Protocole du mordançage

Un mordançage acide nécessite donc :

— un nettoyage à l’aide dl une brossette enduite de ponce ou de pâte à détartrer

— une application d’acide phosphorique à 35-37 % pendant environ 30 secondes

— un rinçage soigneux

— un séchage jusqu’à l’obtention de l’aspect blanc crayeux.

Toute contamination salivaire nécessite un remordançage pendlant cinq secondes.

3. Avantages et inconvénients de la préparation de surface

Le mordançage avec l’acide phosphorique est la technique la plus efficace et la plus utilisée pour la préparation de surface de l’émail.

Cependant, c’est une technique agressive puisque ce mordançage entraîne une perte de la couche superficielle de l’émail qui peut atteindre 8-15 mm32.
Les stries correspondent aux agressions mécaniques de la brosse à dents.
La même dent a été séparée en 2 parties.
Une partie a subi un traitement acide (H3PO4, 30 s) pendant que l’autre côté a été protégé par un ruban adhésif. A cette perte d’émail liée au traitement acide s’ajoute
la perte consécutive à la dépose des attaches et au nettoyage du composite.
BROWN et WAY et THOMPSON et WAY 37 avaient estimé la perte totale de l’émail à 30-60mm.

DIEDRICH 7 estime que cette perte peut aller jusqu’à 150-160mm, ce qui correspond à 10% environ de l’épaisseur totale de l’émail de 1000 à 1500 mm.

Par ailleurs, la pénétration de la résine dans l’épaisseur de l’émail déminéralisé donne des brides résineuses qui peuvent aller jusqu’à 50mm. Ces brides peuvent rester après la dépose des brackets11. Même si cliniquement les dents paraissent intactes, le préjudice qui leur est porté est réel.

Au total, cette étape de préparation de la surface amélaire a pour buts :

  1. d’activer la surface amélaire et d’augmenter son énergie de superficielle, entraînant
    une amélioration du mouillage de la colle sur la surface.
  2. de créer un relief favorable à l’ancrage de la colle.

4.1.2    Pénétration de la résine dans les zones de déminéralisation :

 

La 2ème condition nécessaire pour obtenir un bon collage est d’avoir une pénétration
de la résine dans les zones de déminéralisation crées par le mordançage acide.
la figure 15 montre une interface procurée par une résine hydrophobe (Concise 3M)
sur une surface amélaire mordancée à l’H3PO4 pendant 30 secondes, rincée puis séchée
jusqu’à l’obtention de l’aspect blanc crayeux.
Notons que l’interface ne présente aucun défaut d’infiltration de résine.

La profondeur de pénétration de la résine est de l’ordre de 8-10mm.

La figure 16a illustre une interface crée par une colle hydrophobe (Concise 3M)
sur une surface amélaire humide.

On note des défauts d’infiltration de résine, un hiatus tout au long de l’interface.
A fort grossissement, illustré sur la figure 16b, on note que la colle hydrophobe
ne supporte pas l’humidité et « plisse ».

 

4.1.3    La polymérisation de la colle

Après un traitement de surface, la qualité de la polymérisation est le 3ème facteur capital
pour la bonne tenue de l’assemblage collé.
Cette polymérisation peut être chimique ou photochimique.

 

Systèmes chémopolymérisables

Systèmes
photopolymérisables

Systèmes pâte-pâte

Systèmes pâte-activateur

CONCISE (3M)

SYSTEME ONE PLUS (ORMCO)

TRANSBOND XT (UNITEK)

PHASE 2 (ORNICO)

UNIT (3M UNITECK)

ENLIGHT (ORMCO)

ORTHO TWO (BISCO)

RIGHTON (TP ORTHODONTICS, INC)

LIGHTBOND (ORNICO)

 

MONO LOCK 2 (RMO)

 

 

Tableau 1 : Quelques exemples commerciaux de systèmes chémo- et photopolymérisables.

 

4.1.3.1  Polymérisation chimique :

On trouve sur le marché, soit des systèmes pâte-pâte, soit des systèmes pâte- catalyseur. Quelques exemples commerciaux sont présentés au tableau I.

Les systèmes pâte-pâte (en fait, 2 liquides et 2 pâtes)

· Mode d’application

— Après le séchage de la surface amélaire jus­qu’à l’obtention de l’aspect blanc crayeux, applica­tion du mélange des liquides (base + activateur) sur les surfaces dentaires.
L’application de ce mélange sur la base du bracket n’est pas indispen­sable;
elle présente, toutefois, l’avantage d’amélio­rer l’étalement de la pâte dans les rétentions
de la base de l’attache.

— Application du mélange pâte - pâte (base + activateur) sur la base de l’attache.

— Mise en place du bracket, élimination des excès avant la prise et attente de la prise complète de la colle avant la mise en place d’un arc.

·      Avantages liés au mode de prise

Ils présentent les avantages suivants

— une prise en masse,

— un taux de conversion constant.

· Inconvénients liés au mode de prise

Ils présentent les inconvénients suivants

— leur malaxage peut être à l’origine de l’incor­poration de défauts et de porosités,diminuant leurs propriétés mécaniques

— leur temps de travail est limité nécessitant un travail à quatre mains

— la qualité de la polymérisation dépend du rapport base/catalyseur

— des altérations de l’émail peuvent survenir, lors de la dépose du bracket et de la suppression des résidus de colle, surtout pour les attaches en céramique rigides
et indéformables.

Les systèmes pâte-activateur, ou colles dites de «contact»

Dans ces systèmes, le liquide contient l’adhésif plus l’activateur de la polymérisation du compo­site (la pâte) ;
la pâte contient l’activateur de la polymérisation du liquide.

· Mode d’application

Après le séchage de la surface amélaire jusqu’à l’aspect blanc crayeux, application de l’adhésif sur les surfaces dentaires et sur la base des brackets.

La mise en place du liquide activateur est, dans ce cas, indispensable sur la surface amélaire et sur la base du bracket, car la prise se fait grâce à la dif­fusion de l’activateur du liquide
vers la pâte et de la pâte vers le liquide.

· Avantages

Ces systèmes présentent le seul avantage par rapport aux colles précédentes de ne pas nécessi­ter de mélange. Le composite présente, de plus, moins de porosités.

· Inconvénients

Ils présentent l’inconvénient d’avoir une prise par diffusion. Leur taux de conversion est fonc­tion de l’épaisseur de la colle et de la qualité d’adaptationdu bracket sur la dent.
D’où leur taux d’échec important au niveau des attaches prémo­laires, qui sont les attaches les moins adaptées à la morphologie dentaire.
Ces colles, comme les pré­cédentes, présentent un temps de travail limité.

Lorsque la surface mordancée est supérieure à la taille du bracket, la résine pénétrant dans les zones amélaires déminéralisées ne sera pas polymérisée et sera un bon support  de croissance bactérienne.
Ce paramètre constitue, sans doute, un risque majeur de déminéralisation autour des attaches.

4.1.3.2. Polymérisation photochimique

·          Mode d’application :

— Après le séchage de la surface amélaire jus­qu’à l’aspect blanc crayeux, application du liquide sur les surfaces dentaires.

— Application de la pâte sur la base de l’at­tache.

— Mise en place du bracket et élimination des excès.

— Photopolymérisation gingivale et occlusale, ou mésiale et distale.

· Avantages

Les systèmes photopolymérisables présentent des avantages

— ils sont «monocomposants». donc il n’y a pas d’incorporation de porosités et leur manipulation est simple

— le temps de travail est long.

· Inconvénients

Les systèmes photopolymérisables présentent des inconvénients

  1. ils sont sensibles à la lumière ce qui pose un problème quant à leur conditionnement
  2. leur degré de conversion est fonction de plu­sieurs paramètres.

· Paramètres d’influence

Plusieurs paramètres influencent la qualité de la photopolymérisation de la colle, à savoir l’épaisseur de la colle si l’épaisseur de la colle est importante, il faut augmenter le temps
et multiplier le nombre d’illuminations

  1. la nature et le taux des charges dans la colle :
    plus la colle est chargée, plus elle absorbe de la lumière, plus il est nécessaire d’augmenter le temps d’illumination
  2. la puissance de la source lumineuse il est nécessaire de contrôler la puissance de lampe qui doit être supérieure à 500mW/cm2
  3. la longueur d’onde de la lumière émise le praticien ne peut pas agir sur ce paramètre
  4. la distance fibre/colle se rapprocher le plus possible de la colle, pour une meilleure polyméri­sation
  5. l’entretien de la fibre doit être régulier
  6. le temps d’illumination dépend de la lampe
  7. la nature des brackets, en métal, en céra­mique ou en résine, influence leur capacité à réflé­chir la lumière.

Par ailleurs, avec l’apparition des nouvelles lampes à plasma et des lampes à diode électrolu­minescente, les fabricants nous proposent de polymériser rapidement, ce qui est un avantage évident en orthodontie.

Ces lampes à polymérisation rapide sont l’objet de controverses, en dentisterie restauratrice adhé­sive.
En effet, avec la première version de ces lampes (Apollo 95 E), certains composites et adhésifs ne polymérisaient pas17.
La polymérisa­tion rapide engendre des contraintes importantes liées au retrait de prise du composite.
Ces contraintes aboutissent à la perte d’étanchéité des restaurations.
Le problème est différent en ortho­dontie car la géométrie du collage est favorable et les contraintes liées au retrait de polymérisation de la colle sont très faibles.

Le problème qui se pose en orthodontie n’est pas la quantité de contraintes engendrées au niveau de l’interface, mais la qualité de polyméri­sation et le degré de conversion des colles obtenus avec ces lampes à polymérisation rapide.

 

Etude expérimentale

· Objectif

Cette expérimentation a pour but de comparer une lampe à plasma (Apollo 95 E, DMD) à une lampe halogène classique (Demetron 401, Kerr).

· Principe

Les propriétés mécaniques d’un composite sont proportionnelles à son taux de conversion.

Par conséquent, la comparaison des propriétés méca­niques d’un composite polymérisé à l’aide de deux types de lampes permet aussi de comparer indi­rectement le taux de conversion procuré par cha­cun des deux types de lampes étudiés.

· Matériels et méthodes

Deux composites ont été testés Transbond LR (3M-Unitek) et le Light bond (Ormco).
Un test de flexion en trois points a été réalisé sur des échantillons standardisés (Fig.17a, b et c). Étant donné la taille des échantillons (20 mm de L sur 2 min de l et de h)
et la taille des fibres des lampes, nous avons réalisé 3 points de polyméri­sation de 20 secondes avec la lampe Demetron, soit 60 secondes par échantillon (FIG.17a),
et cinq points de 3 x 1 seconde avec la lampe Apollo 95E, soit globalement 15 s par échantillon (FIG.17 b), donc un temps d’illumi­nation quatre fois moindre qu’avec la lampe à plasma.

·      Résultats

Les résultats sont présentés sur l’histogramme de la figure 18.
On constate que pour ces deux matériaux testés, il existe une légère diminution
des propriétés mécaniques avec la polymérisation rapide.
Cette diminution des propriétés méca­niques est, sans doute, en rapport avec un degré
de conversion inférieur.

· Discussion

Au total, la polymérisation rapide semble légè­rement moins efficace que la polymérisation tradi­tionnelle.
Cela ne semble pas devoir contre-indi­quer son utilisation en clinique, bien que les difficultés d’orientation de la lumière, dues à la petite taille de la fibre
de la lampe à plasma auxquelles s’ajoute un temps court d’illumination. doivent être relevées qui rendent la manœuvre acrobatique pour l’orthodontiste, surtout quand il s’agit
de sites d’accès difficile.

Donc la prudence s’impose même si, dans l’avenir, la polymérisation rapide doit s’étendre en orthodontie on note, en effet, une inconstance des résultats du collage en fonction
des colles, et il n’y a pas encore assez d’études cliniques sur ce mode de polymérisation

4.1.4    Avantages et inconvénients des colles traclitioimelles16

4.1.4.1  Avantages :

Elles présentent des valeurs d’adhérence éle­vées cela peut être considéré comme un inconvé­nient dans certaines situation cliniques, surtout en association avec les brackets
en céramique.

Dotées d’un recul clinique suffisant, ces colles sont le plus largement utilisées en clinique ortho­dontique. Leur taux d’échec demeure très accep­table, de 6 à 7 %24.

 

4.1.4.2  Inconvénients

Elles présentent une sensibilité à la manipula­tion et à la contamination humide ou salivaire.

Elles induisent une perte d’émail, liée au traite­ment agressif à l’acide phosphorique et à la rigidité du composite.

Dues à leurs propriétés mécaniques élevées, leur suppression est difficile, surtout avec les brac­kets en céramique.

 

4.2    Les colles hydrophiles

Cette appellation est abusive puisque seul l’ad­hésif a été modifié.
Comme le composite n’a pas été modifié particulièrement, eu égard aux détails énoncés
au chapitre précédent, on devrait donc plutôt parler « d’adhésif hydrophile».

Les adhésifs hydrophiles sont constitués d’une résine hydrophobe, de monomères hydrophiles qui améliorent le mouillage et l’infiltration de la résine sur une surface humide, et d’un solvant, qui peut être de l’acétone ou de l’alcool, permettant de « chasser» l’humidité
de la surface amélaire.
Ainsi, les adhésifs hydrophiles sont moins sensibles à l’humidité.
Il existe, à ce jour, deux adhésifs hydrophiles commercialisés pour l’orthodontie
le Transbond MIP (3M, Unitek) et l’Ortho Solo (Ormco).
On peut associer ces deux adhésifs à n’importe quel composite chémopolymérisable
ou photopolymèrisable, excepté les composites des colles «de contact» qui ont un mécanisme de polymérisation non compatible avec les colles hydrophiles.
L’expérimentation suivante permet de comprendre les caractéristiques
de ces colles hydrophiles.

 

Etude expérimentale

 

·      Objectif :

L’objectif de cette expérimentation est de mettre en évidence
le rôle des monomères hydrophiles et du solvant dans l’adhérence à l’émail,
en évaluant l’incorporation simultanée ou séparée de ces deux éléments
dans une résine hydrophobe.

 

·      Matériels et méthodes

 

Nous avons évalué l’influence de l’incorpora­tion d’acétone et/ou d’un monomère hydrophile,
l’hydroxy-éthyl méthacrylate (HEMA) dans une résine hydrophobe (Concise)
sur l’adhérence à l’émail humide et à l’émail sec.
Huit groupes de k dix incisives centrales fraîchement extraites ont été utilisés.
Nous avons réalisé trois mélanges expérimentaux à différentes concentrations de d HEMA
et d’acétone, le tout rapporté au tableau II.

Ces trois adhésifs expérimentaux ont été compa­rés avec du Concise pur,
sans modifications.

Les essais ont été réalisés sur l’émail sec et sur l’émail humide, à l’aide d’un test d’adhérence en cisaillement.

 

·      Résultats et discussion

La figure 19 illustre les résultats de cette étude.

On peut faire les observations suivantes :

 

- Email sec

La colle hydrophobe (Concise pur) donne des valeurs d’adhérence très élevées sur l’émail sec, de l’ordre de 32 MPa, ce qui est confirmé par la qua­lité de l’interface obtenue

au microscope électro­nique à balayage (MEB) (FIG. 15).
Nous consta­tons une pénétration de la résine sur une profondeur de 8-10 pm,
garante de la tenue de l’assemblage et de sa bonne étanchéité.

Les lots avec incorporation de 50 % d’acétone (Exp. 1) ou de 50 % d’HEMA (Exp. 2) présentent des valeurs d’adhérence inférieures aux valeurs du groupe contrôle,
mais qui restent tout de même suffisamment élevées (26-28 MPa).

L’incorporation de 25% d’acétone et 25 % d’HEMA (Exp. 3) permet de retrouver
les valeurs très élevées du groupe contrôle.
La figure 20 illustre une interface procurée par ce mélange expérimental sur l’émail sec :
on note une inter­face étanche avec une pénétration de résine de 6 à8 pin de longueur.

 

Système de collage

Base (A)

Catalyseur (B)

 

Acétone

HEMA

Résine liquide
(concise)

Acétone

HEMA

Résine liquide (concise)

 

Concise (3M)

Non

Non

100%

Non

Non

100%

 

Exp1

50%

Non

50%

50%

Non

50%

 

Exp2

 

50%

50%

Non

50%

50%

 

Exp3

25%

25%

50%

25% acétone

25%

50%

 

 

Tableau 2 : Composition des systèmes de collage testés dans l’étude de l’influence de l’incorporation d’acétone et  d’HEMA sur l’adhérence à l’émail humide et l’émail sec.

 

- Email humide

Le groupe contrôle subit une chute importante des valeurs d’adhérence (50 %).
La colle hydro­phobe est incapable de déplacer l’eau de la surface et d’infiltrer la zone d’émail déminéralisée (FIG. 16 a et b).
L’humidité peut aussi affecter la polymérisation de la résine (JACOBSEN et SODERHOLM 1995)20.

Après incorporation de 50 % d’acétone ou de 50 % d’HEMA, il n’existe pas
de différence signifi­cative entre l’émail sec et l’émail humide.

Après incorporation de 25 % d’acétone et de 25% de résine hydrophile,
les lots correspondants présentent les meilleures valeurs d’adhérence sur l’émail humide.

La figure 21 illustre une interface obtenue avec ce mélange expérimental
sur une surface amélaire.
Notons l’infiltration correcte de la résine dans les zones de déminéralisation
et l’absence de défauts au niveau de l’interface.

L’incorporation d’acétone permet de chasser l’humidité de la surface amélaire
(KANCA 1992)22.
Cependant. une quantité importante d’acétone semble dimi­nuer l’épaisseur de la couche
de résine et donc diminuer sa résistance mécanique.

Les monomères hydrophiles permettent d’améliorer l’étalement et l’infiltration de la résine
sur une surface amélaire humide.
Par ailleurs, une quantité importante de ces monomères devrait diminuer
le taux de conversion globale de la résine et son poids moléculaire moyen,

réduisant ainsi les propriétés mécaniques du mélange.

Un mélange de 25 % de monomères hydro­philes et de 25 % d’acétone permettrait donc
de regrouper les avantages des deux composants et de minimiser leurs inconvénients,
afin d’obtenir un collage sur une surface humide comparable à celui sur la surface sèche.

En définitive, après un mordançage à l’acide phosphorique, si l’on veut utiliser une colle
qui reste tolérante à la contamination humide ou sali­vaire, les fabricants spécialisés
sont susceptibles de proposer des colles prêtes à l’emploi, qui évi­tent la réalisation du mélange (Transbond MIP— 3M-Unitek ou Ortho Solo d’Ormco).

 

4.2.1    Préparation de la surface de l’émail

 

Les adhésifs hydrophiles nécessitent, comme les colles hydrophobes. un mordançage préalable à l’acide phosphorique après nettoyage de la sur­face amélaire.

 

4.2.1.1  Les paramètres d’influence du mordançage de l’émail

 

Seuls deux paramètres changent par rapport aux colles hydrophobes

 

·      Le temps de séchage après rinçage de l’acide phosphorique :

 

Des études récentes ont montré que la contami­nation humide n’affectait pas significativement l’adhérence à l’émail des systèmes adhésifs contenant des monomères hydrophiles
(HITT et FEIGAL 199718, IWAMI et al 1998 19, JAIN et STEWART 2000 21,
KANCA  1992 22,SWIFT et al 1999 35, SWIFT et TRIOLO 1992 36,
WAKEFIELD et al 1996 39).
Il a été montré également qu’il n’y avait aucune différence significative en termes
d’étanchéité amélaire entre les conditions humides et sèches (SANTINI 199928,
SAUNDERS et SAUNDERS 1996 29, VARGAS et SWIFT 1994 38).

 

C’est pourquoi, il est préférable de sécher, comme pour les colles hydrophobes,
la surface amélaire.
Dans le cas d’un séchage insuffisant, ces colles présentent,
contrairement aux colles hydro­phobes, une grande tolérance et des bonnes per­formances.

 

·      La contamination salivaire

 

La contamination salivaire semble ne pas affec­ter les performances in vitro
des adhésifs hydro­philes.
Les valeurs d’adhérence ne sont pas diffé­rentes, avec et sans contamination salivaire 1, 2, 8-10, 14, 18, 34, 38.

La mise en place d’un champ opéra­toire prévenant toute contamination salivaire
semble importante.
Toutefois, une contamination accidentelle par la salive, lorsqu’elle a lieu avant la mise en place de l’adhésif, ne devrait pas altérer les performances du collage.

On attribue à ces systèmes l’avantage d’être tolérants à la contamination salivaire ou humide lorsque cette contamination a lieu avant la mise en place de l’adhésif sur la surface mordancée. Quand elle a lieu après la mise en place de l’adhésif, elle affecte la qualité de l’assemblage.

 

4.2.1.2  Protocole du mordançage

 

La préparation de la surface répond au même protocole que pour les colles traditionnelles
(voir le paragraphe 2.1.2).

 

4.2.1.3  Avantages et inconvénients

Ils sont ceux énumérés au paragraphe 2.1.3.

 

4.2.2    Pénétration de la résine

La figure 20 montre la pénétration d’une colle hydrophile dans les zones de déminéralisation
et la formation de brides résineuses de 6-8 pin, qui assurent une bonne qualité d’interface.

 

4.2.3    Polymérisation de la colle

4.2.3.1  Mode d’application

 

Après séchage de la surface amélaire jusqu’à l’aspect blanc crayeux, l’adhésif est appliqué
sur les surfaces dentaires.
Le séchage est ensuite effec­tué afin d’évaporer le solvant contenu dans l’adhé­sif
c’est le seul paramètre qui diffère du mode d’application des colles hydrophobes.

Ces adhésifs sont photopolymérisables il n’est pas nécessaire de les photopolymériser
quand on utilise un composite photopolymérisable.
Mais si le composite utilisé est chémopolyméri­sable, il est indispensable
de photopolymériser l’adhésif.

Le composite est appliqué sur la base de l’at­tache.
Le bracket est positionné sur la dent et les excès éliminés.

 

Une photopolymérisation est pratiquée si nécessaire, du côté gingival et occlusal,
et du côté mésial et distal.

 

4.2.3.2  Paramètres d’influence

 

Il n’y a aucune modification par rapport aux colles hydrophobes.

 

4.2.4    Avantages et inconvénients 16

4.2.4.1  Avantages

 

1)      Une tolérance à la contamination humide, voire salivaire.
Mais, attention c’est le cas seule­ment après rinçage du traitement de surface.

2)      Des propriétés mécaniques suffisantes.

3)      Des valeurs d’adhérence élevées.

4.2.4.2  Inconvénients

 

1)      Un recul insuffisant.

2)      Une perte d’émail liée au traitement agressif de l’acide phosphorique
et à la rigidité du compo­site.

3)      Des propriétés mécaniques élevées, et une difficulté de dépose, surtout dans le cas
de brac­kets céramiques.

 

4.3    Les colles automordançantes

Pour les mêmes raisons que celles évoquées plus haut, on devrait parler
d’adhésifs automor­dançants.

Le principe d’action des adhésifs automordan­çants repose sur une déminéralisation
et une infil­tration simultanée de la résine.
Les adhésifs auto­mordançants sont commercialisés en dentisterie adhésive
depuis quelques années.
En mai 1999 M. DEGRANGE a proposé l’utilisation de ce type de colle,
dans le cadre du collage en orthodontie.
Cet avis a été particulièrement bien accueilli par la profession et par les fabricants.
Deux produits, de présentation identique, sont actuellement com­mercialisés :
le Prompt L Pop-ESPE et le Trans-bond Plus-3M-Unitek.

 

Etude expérimentale

 

Objectifs :

Cette expérimentation a pour objectifs d’éva­luer l’efficacité de l’adhésif automordançant,
en terme de tenue d’assemblage, et d’essayer d’autres systèmes automorclançants
utilisés en dentisterie restauratrice adhésive.

 

Matériels et méthodes

L’étude a consisté à comparer cinq systèmes adhésifs acides (les Syntac Sprint de Vivadent, Prime & Bond NT de Dentsply, Clearfil Liner Bond 2 de Kuraray,
Clearfil SE Bond de Kuraray et Prompt L Pop-ESPE) utilisés en dentisterie adhé­sive
par comparaison avec une colle contrôle, le Transbond MlP (3M-Unitek).
La différence en cisaillement de ces adhésifs a été ensuite testée.

 

Résultats :

Ils sont présentés à la figure 25.
Les systèmes qui se comportent le mieux sont le Prompt L Pop et le SE Bond, comparables
 au Transbond MIP avec des valeurs de l’ordre de 30 MPa.

 

4.3.1    Avantages et inconvénients 16

4.3.1.1  Avantages

 

Les adhésifs automordançants présentent des avantages indéniables.

1.      L’attaque reste beaucoup moins agressive qu’un mordançage à l’acide phosphorique
(FIG. 8, 1.0 et 12), tant pour les attaques de type I (FIG. 22),
que pour les attaques de type 2 (FIG. 23) et de type 3 (FIG. 24) de la classification
de SILVERSTONE.

2.      Leur manipulation est rendue plus aisée par l’absence de rinçage et,
dans le cas du Transbond-­Plus et du Prompt L Pop, grâce à une présentation particulièrement ergonomique (sucette).

3.      L’absence d’étape de rinçage élimine le pro­blème du contrôle de l’humidité,
avant la mise en place de l’adhésif automordançant.

4.      Enfin, ils ont une efficacité comparable aux colles nécessitant un mordançage préalable
à l’acide phosphorique.

 

4.3.1.2  Inconvénients

 

1.      Comme tous les autres systèmes de collage ils sont sensibles à la contamination humide
ou salivaire si elle a lieu après la mise en place de l’adhésif.

2.      A ce jour, nous ne disposons pas d’un recul clinique suffisant.

 

4.3.2    Préparation de la surface de l’émail

 

Les adhésifs automordançants nécessitent un simple nettoyage de la surface amélaire
sans aucun mordançage de surface préalable.

4.3.2.1  Les paramètres d’influence

Dans le cas de leur utilisation en orthodontie, peu de paramètres d’influence sont connus
étant donné leur apparition récente.
Cependant, deux paramètres ont été étudiés l’humidité avant le collage
et le mode d’application.

 

1. Contamination humide et salivaire

 

L’absence d’étape de rinçage élimine le pro­blème du contrôle de l’humidité
avant la mise en place de l’adhésif automordançant.
Par ailleurs. toute contamination de la surface amélaire après la mise en place
de l’adhésif automordançant affecte significativement la tenue de l’assemblage,
quel que soit le composite utilisé.

 

 

 

 

2. Mode d’application

 

Les deux produits commercialisés se présentent sous la forme de «sucette»,
permettant l’applica­tion de l’adhésif à l’aide d’une éponge.
Le mode de cette application joue un rôle important pour les performances de ces produits
en particulier, le fait de brosser la surface amélaire pendant quelques secondes,
suivant en cela la recommandation initiale du fabricant, diminue la qualité du collage.
Une élude expérimentale nous a permis de mettre en évidence ce phénomène.

 

Etude expérimentale

 

· Objectif

L’objectif de cette expérimentation est de mettre en évidence l’influence sur l’adhérence
de l’adhésif de son brossage sur la surface amélaire.

 

· Matériels et méthodes :

 

Deux lots de dents fraîchement extraites ont été utilisés.
Dans un premier, l’adhésif a été appliqué sans aucun brossage de la surface amélaire
et un délai de 15 secondes a été observé avant la mise en place du composite.
Dans le second, l’adhésif a été brossé pendant 15 secondes sur la surface amélaire.

 

·      Résultats et discussion

La figure 26 illustre les résultats.
Notons une diminution de 20 % des valeurs d’adhérence lorsque la surface était brossée
cette diminution, due au brossage, peut s’expliquer par une destruction des reliefs créée
par la déminéralisation lors du brossage de l’adhésif.
FRANKENBERGER  et al 200012 confirment nos résultats (FIG. 27 a et b).

4.3.2.2  Protocole

 

1.      Nettoyage à l’aide d’une brossette enduite de ponce.

2.      Application de l’adhésif sur l’émail, après un rinçage soigneux de la ponce.

3.      Laisser agir environ 15 secondes, sans aucun brossage ni rinçage à ce jour,
aucune étude n’est disponible sur l’influence du temps d’action de l’adhésif
en matière de collage.

4.      Sécher légèrement, afin d’évaporer le solvant contenu dans l’adhésif.

5.      Mise en place du bracket enduit de composite sur la dent.

 

4.3.3    Pénétration de la résine

La figure 28 illustre l’état d’une interface après action du Prompt L Pop.

Notons que la pénétration de la résine se fait correctement avec des brides résineuses
d’une lon­gueur de 2-3 mm.
Ces brides résineuses sont moins longues que celles obtenues avec un adhé­sif
nécessitant un mordançage préalable (FIG. 15).
A notre sens, à valeur de rétention équivalente, cette faible longueur des tags
est un avantage de ces colles, permettant vraisemblablement une moindre perte d’émail
à la dépose des attaches.

 

4.3.4    Polymérisation de la colle

Les deux adhésifs automordançants commer­cialisés en orthodontie sont photopolymérisables. Les précautions à prendre sont les mêmes que pour les colles hydrophiles il faut
systématique­ment photopolymériser l’adhésif si l’on utilise un composite chémopolymérisable. En revanche, une photopolymérisation en un seul temps de l’adhésif et du composite
est suffisante si ce dernier est photopolymérisable.

 

 

5      Choix de la colle en fonction de la situation clinique

 

Aucune colle ne peut être universelle pour toutes les situations son choix dépend
de ses pro­priétés et de la situation clinique (Tab. 3).

 

 

 

Secteur
antérieur
maxillaire

Secteur
antérieur
mandibulaire

Secteurs
prémolaires

Secteurs
molaires

Canines
incluses

Colles
composites

 

Colles traditionnelles

Chémopolyrnérisables

 


« Contact »

±

±

±

— —

— —

— —

Photopolymérisables

±

±

+

-

-

Hydrophiles

±

±

++

+++

+

Auto-mordançantes

++

++

±

±

+ +

CVIMAR

Acide polyacrylique préalable

+++

+++

±

±

+

 

Acide phosphorique préalable

±

±

+++

++

+

Adhésif automordançant avec CVIMAR

+

+

+ +

+ +

+++

 

Tableau 3 :Choix du système de collage en fonction de la situation clinique,
et des colles composites ou des CVIMAR ciments verre - ionomères modifiés par addition
de résine.

 

5.1    Secteur antérieur maxillaire

Les bases des brackets sont souvent bien adap­tées à la morphologie dentaire,
excepté pour ce qui est des incisives latérales dysmorphiques (rizi­formes).
Le contrôle de l’humidité est simplifié, ici, par les écarteurs et les moyens
d’aspiration habituels.

Toutes les colles sont utilisables et efficaces.
Toutefois, dans un secteur où l’esthétique compte, il faut penser à l’état de surface dentaire après la suppression des brackets, ainsi qu’à la perte d’émail créée par un traitement
de surface agressif ou encore lors de la dépose des brackets collés avec une colle rigide.

Toute colle, nécessitant un traitement de sur­face acide agressif et une pénétration profonde
de la résine dans les zones inter- et intraprismatique engendrés par le traitement acide,
est préférable à éviter.
En effet, la résine intra- et interprismatique reste en partie en place après la dépose,
malgré un nettoyage consciencieux. Avec le temps, elle subira les changements de teinte
dus aux colo­rants alimentaires et elle sera à l’origine d’un aspect jaunâtre

des surfaces dentaires quelques mois, voire quelques années, après la suppression des brackets. Une colle automordançante, provo­quant une attaque de l’émail plus faible et moins agressive, est à préférer dans cette zone.

En dehors des colles composites, on dispose aussi des verre-ionomères
modifiés par addition de résine (CVlMAR) qui, quand ils sont précédés par un traitement
à l’acide polyacrylique (GC conditioner), assurent une bonne tenue de l’as­semblage
sans aucune altération de l’émail, intact après la dépose des brackets.

 

5.2    Secteur antérieur mandibulaire

Il est évident que toutes les colles sont utili­sables dans ce secteur.
Cependant, l’épaisseur fine de l’émail et la présence souvent
de fêlures longi­tudinales amélaires, surtout chez l’adulte, doivent conditionner
le choix de la colle.

Toute colle très rigide risque dêtre à l’origine d’une fracture amélaire.

Toute colle à fortes propriétés mécaniques et nécessitant un traitement de surface agressif
sur l’émail, telles les colles traditionnelles, est à éviter dans ce secteur.

 

5.3    Secteur prémolaire

Deux problèmes se posent au niveau des pré­molaires

1. La mauvaise adaptation des bases des brac­kets à la morphologie dentaire,
par suite de la grande variabilité morphologique des prémolaires.
Ce paramètre contre-indique l’utilisation des colles de contact à ce niveau.

 

3.      La difficulté de contrôle de l’humidité et de la contamination salivaire.

En dehors du problème de la contamination salivaire qui peut. plus ou moins, être contrôlée selon les moyens d’isolation utilisés, l’hygrométrie de la cavité buccale
est un facteur incontrôlable en orthodontie, compte tenu des difficultés d’utilisation
d’une digue.
L’hygro­métrie varie entre les différents secteurs de la même arcade dentaire,
et entre les deux arcades.
Elle est plus élevée au niveau de l’arcade inférieure et augmente en allant

vers les secteurs postérieurs.
Elle est maximale au niveau des prémolaires et molaires inférieures.

Ce paramètre permet de s’orienter vers le choix d’une colle simple à mani­puler,
et tolérante vis-à-vis de la contamination humide une colle hydrophile ou un CVIMAR
sont ainsi préférables.

 

5.4    Secteur molaire

 

Deux paramètres conditionnent le choix de la colle dans ce secteur l’hygrométrie

et les forces de mastication très élevées dans ce secteur qui néces­site une colle tolérante
à l’humidité et dotée d’une résistance mécanique suffisante.
Les colles compo­sites hydrophiles trouvent toutes leurs indications dans ce secteur,
présentant des propriétés méca­niques bien supérieures aux CVIMAR.

 

5.5    Canine incluse

La présence potentielle de la contamination sanguine contre-indique toute utilisation
de colles classiques hydrophobes.
Il est conseillé d’utiliser une colle moins sensible à la manipulation,
telle qu’une colle hydrophile ou un CVIMAR.
Leur tolérance à une contamination humide ne justifie pas leur utilisation en présence
d’une éventuelle contamination sanguine.
Cependant, en l’absence d’étude montrant leur intolérance à la contamina­tion sanguine,
et en l’absence d’autres systèmes tolérants à la contamination sanguine,
ces colles restent les seules conseillées dans ce type de situa­tion clinique.

Par ailleurs, l’association d’un adhésif automor­dançant et d’un verre ionomère modifié
par addi­tion de résine semble être la solution de choix.
En effet, l’utilisation de l’adhésif automorclançant per­met d’éliminer l’étape de rinçage nécessaire à la préparation de la surface amélaire à l’aide d’un acide polyacrylique
ou d’un acide phosphorique.
Le rinçage peut déclencher à nouveau un suinte­ment qui sera néfaste au collage.
Un second avan­tage de cette association réside dans l’augmenta­tion des propriétés mécaniques de l’assemblage, par rapport à l’utilisation d’un CVIMAR précédé seulement
par un traitement classique à l’acide polyacrylique.

Bien que les colles traditionnelles de type pâte­activateur, dites de «contact»,
aient été les plus largement utilisées, il convient actuellement de les éviter
car elles présentent deux inconvénients importants

·      d’une part, le taux de leur polyméri­sation dépend de l’épaisseur de la colle
et de la qualité de l’adaptation du bracket sur la dent

·      d’autre part, il existe un risque majeur cIe déminé­ralisation autour de l’attache
lorsque la surface mordancée est supérieure à la taille du bracket (voir le paragraphe 4.1.3).

 

Les autres systèmes de collage sont utilisables et utilisés dans pratiquement
tous les cas cli­niques, mais non sans problèmes dans certaines situations,
de sorte que les auteurs conseillent de disposer de plusieurs systèmes de collage.

Dans l’attente d’une colle universelle, l’ortho­dontiste doit faire une étude préalable
de son cas clinique et déterminer les difficultés liées au col­lage.
Connaissant les propriétés des colles dont il dispose, il choisira le système de collage
le mieux adapté.

 

6      Conclusions

 

Quel que soit le système de collage utilisé, la qualité de l’assemblage collé dépend
de la rigueur que s’impose le praticien sur la qualité de la pré­paration de la surface amélaire
et sur l’efficacité de la polymérisation de la colle.
C’est pourquoi le res­pect scrupuleux des protocoles cliniques est un facteur clé de réussite.

Aujourd’hui, l’orthodontiste a à sa disposition de nombreux matériaux de collage
qui présentent des caractéristiques variées.

En tout, cas, la connaissance de l’ensemble des différents systèmes de collage,
tant de leurs avan­tages que de leurs inconvénients, permet au clini­cien de sélectionner
le système adhésif le mieux adapté à une situation clinique donnée.

 

 


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