LA DYSHARMONIE
DENTO-MAXILLAIRE
1- DEFINITION
2- FREQUENCE
3- ETIOLOGIE
4- RAPPELS
4.1-
PHYLOGENESE
4.2-
GENETIQUE
4.3-
EMBRYOLOGIE
4.4-
MORPHOGENESE DES ARCADES DENTAIRES
4.5-
CROISSANCE DES PROCES ALVEOLAIRES
5- SIGNES
CLINIQUES DE LA DDM
5.1-
LA DDM POSITIVE
5.2-
LA DDM NEGATIVE
5.2.1- Signes exobuccaux
5.2.2- Signes endobuccaux
6- LES SIGNES RADIOLOGIQUES DE LA DDM
6.1-
RADIOGRAPHIE PANORAMIQUE
6.2-
TELERADIOGRAPHIE
6.3-
RADIOGRAPHIE RETROALVEOLAIRE
7- LES MOYENS
D’EVALUATION DE LA DDM
7.1-
LE NIVELLEMENT DE LA COURBE
DE SPEE
7.2-
L’APPRECIATION DE L’ENCOMBREMENT DENTAIRE
7.3-
LE REPOSITIONNEMENT DE L’INCISIVE INFERIEURE
8- DIAGNOSTIC
DIFFERENTIEL DE LA DDM
9- PRONOSTIC DE LA DDM
10-APPROCHE THERAPEUTIQUE DE LA DDM
11-CONCLUSION
LA DYSHARMONIE DENTO-MAXILLAIRE
1- DEFINITION
La
dysharmonie dentomaxillaire correspond à une disproportion entre la taille des
dents et la dimension des maxillaires.
Elle est principalement étudiée et quantifiée à la mandibule.
On
diagnostique :
·
une DDM
positive (ou DDM par défaut dentaire) lorsque l'on est en présence d'une
microdontie vraie ou d'une microdontie relative
·
une DDM
négative (ou DDM par excès dentaire) lorsque l'on a une macrodontie vraie ou
une macrodontie relative.
Trois
paramètres vont intervenir dans l'évaluation de la dysharmonie
dentomaxillaire :
- le nivellement
de la courbe de Spee,
- l'encombrement
dentaire,
- le
repositionnement de l'incisive inférieure.
Il convient de rappeler ici la définition de deux notions :
la dysharmonie dentomaxillaire réelle et la dysharmonie dentomaxillaire
apparente.
-
La dysharmonie dentomaxillaire apparente correspond à la valeur de la DDM résultant des deux
éléments observables sur les moulages d'étude du patient avant traitement,
c'est-à-dire, l'encombrement dentaire et l'importance de la profondeur de la
courbe de SPEE. Elle ne prend pas en
compte la valeur du repositionnement de l'incisive inférieure qui lui sera
décidé par le praticien en fonction de critères céphalométrique, fonctionnel,
esthétique et psychologique.
- Lorsque l'on emploie le terme de dysharmonie
dentomaxillaire sans ajouter de qualificatif, on parle généralement de
dysharmonie dentomaxillaire réelle. La DDM réelle comprend trois
éléments : l'encombrement dentaire, le nivellement de la courbe de SPEE et le
repositionnement de l'incisive inférieure décidé par le praticien. La
DDM réelle correspond donc à la somme des valeurs de la DDM apparente et du
repositionnement incisif inférieur.
Intérêt de la question :
La DDM est une anomalie présentant très souvent un préjudice
esthétique, occlusal, carieux, ou parodontal et un diagnostic précis de cette
anomalie sera le meilleur atout dans le choix des moyens et de la date du
traitement pour aboutir au meilleur équilibre esthétique occlusal et
fonctionnel garant de la stabilité des résultats.
2- FREQUENCE
Il semble qu'aucune étude statistique n'ait été faite en
France sur ce sujet. Cependant Bouvet pense qu'un enfant sur deux d'une
consultation orthodontique a des dents manifestement trop grandes ou trop petites
par rapport aux maxillaires. Aux U.S.A., Tweed mentionne que 75 à 80 % de ses
patients nécessitent des extractions pour dysharmonie dento-maxillaire et
biprotrusion.
3- ETIOLOGIE
Plusieurs
hypothèses étiologiques ont été avancées pour expliquer l’installation d’une
dysharmonie dentomaxillaire :
·
L’indépendance
phylogénétique et embryologique entre la denture et les bases osseuses. En
effet pour certains auteurs (comme CAUHEPE) cela permettrait de comprendre
l’incoordination entre les dimensions des mâchoires et les dimensions des
dents.
·
L’hérédité
croisée pourrait également expliquer l’installation d’une DDM. Un individu
pouvant hériter des grandes dents d’un de ces parents et des petites bases
osseuses de l’autre (PONT).
·
Origine
ethnique ou familiale : il existe en effet des formes ethniques de DDM se
manifestant notamment par une biproalvéolie chez les noirs.
·
Origine
pathologique ou iatrogène : la perte prématurée d’une dent temporaire ou
une poussée mésialante excessive pourront être à l’origine d’une DDM notamment
lors de l’évolution des canines et des 2e et 3e molaires
.
·
Un
déséquilibre musculaire labio-linguo-jugal : ce déséquilibre va influencer
la position de la zone 0 de DANGY ou couloir dentaire de CHATEAU qui correspond
à l’espace d’évolution des dents. Une sangle labiale hypertonique, par exemple,
pourra être à l’origine d’une DDM par encombrement incisif.
4- RAPPELS
4.1-
PHYLOGENESE
Au
cours de l’évolution, on a assisté à une réduction du champ du massif facial
avec parallèlement une réduction du système dentaire mais de façon
différente :
·
D’une part le
matériel dentaire se réduit en nombre et peu en volume
·
D’autre part
il semble que la réduction du squelette ait été plus importante que la
réduction du système dentaire.
4.2-
GENETIQUE
Les
dents et les bases osseuses sont indépendantes génétiquement.
En
effet, il n’y a pas de relation entre les gènes qui déterminent la dimension du
squelette et ceux qui déterminent la dimension des dents.
4.3-
EMBRYOLOGIE
Les
os et les muscles apparaissent chronologiquement avant le système dentaire et
dérivent du mésenchyme.
Les
dents qui apparaissent plus tard proviennent elles d’ébauches
épithélio-mésenchymateuses.
De
plus le squelette et le système dentaire ne se développent pas au même rythme
et certaines pathologies peuvent atteindre le système dentaire (polydysplasie
ectodermique de TOURAINE) sans atteindre le squelette et vice-versa.
4.4-
MORPHOGENESE DES ARCADES DENTAIRES
Démogé en 1972
a définit différentes phases dans ce phénomène :
1.
La phase de
mise en place de la denture temporaire :
2.
La phase de
denture temporaire stable :
Caractérisée
par:
· la présence de diastèmes simiens dans les arcades de type I
de Baume
· l’absence de diastèmes simiens dans les arcades de type II
de Baume
· la présence de diastèmes inter incisifs de Bogue
· des rapports d’occlusion des 2e molaires de lait
définit par le plan terminal de Chapman qui sera à marche mésiale, droit, ou à
marche distale.
3.
La phase de
constitution de la denture mixte :
Caractérisée par :
· l’éruption des 6 qui provoque une diminution importante des
diastèmes simiens
· l’éruption des incisives qui entraîne la création d’une
dette incisive qui sera compensée par la fermeture des diastèmes (inter
incisifs et simiens), l’élargissement de l’arcade et la vestibuloversion des
incisives.
4.
La phase de
denture mixte stable :
5.
La phase de
constitution de la denture adolescente :
Cette phase correspond au remplacement des canines
et molaires lactéales par les canines et prémolaires permanentes dont le diamètre
mésio-distal est inférieur à celui des dents remplacées créant ainsi un crédit
d’espace de 1,8 au maxillaire et de 3,4 à la mandibule. Cet espace est l’espace
de dérive mésiale qui va favoriser la mise en place d’une classe I molaire du
fait de l’amplitude plus importante du lee way mandibulaire.
6.
La phase de
denture adolescente stable :
Elle correspond à la mise en place des 2e
molaires et est caractérisée par un redressement des incisives inférieures.
7.
La phase de
constitution de la denture adulte jeune :
8.
La phase de
denture adulte jeune stable :
9.
La phase de
constitution de la denture adulte complète :
10.
La phase de
denture adulte complète :
4.5-
CROISSANCE DES PROCES ALVEOLAIRES
L'existence de l'os alvéolaire dépend entièrement des dents.
Son pouvoir d'adaptation est considérable, et joue un
véritable rôle compensateur de la croissance différentielle entre maxillaire et
mandibule pour permettre une coordination des arcades dentaires dans les trois
sens de l’espace.
La croissance verticale des procès alvéolaires diffère
sensiblement au maxillaire et à la mandibule:
-Au maxillaire : la
surface osseuse basale est réduite et les procès alvéolaires doivent compenser
cela par une croissance oblique en bas en dehors .
-A
la mandibule :l'axe basal est plus large et la croissance des procès
alvéolaires est presque exclusivement verticale .
Ces
mécanismes de compensation autorisent la coordination des arcades dentaires en
réduisant sensiblement leur périmètre à la mandibule et en l'augmentant au
maxillaire par rapport au périmètre de l'os basal correspondant.
5- SIGNES
CLINIQUES DE LA DDM
5.1- LA DDM POSITIVE
La DDm positive correspond à une
dysharmonie dento-maxillaire par microdontie vrai ou relative c’est à dire
suite à une taille trop petite des dents ou suite à une taille trop importante
des bases osseuses.
Le
signe clinique le plus manifeste de la
DDM positive est la présence de diastèmes sans courbe de SPEE
augmentée ni vestibuloversion exagérée des incisives inférieures.
5.2- LA DDM NEGATIVE
En
orthodontie lorsque l’on parle de DDM il s’agit le plus souvent de DDM négative
c’est à dire par macrodontie vrai ou relative.
5.2.1-
Signes exobuccaux
Le préjudice peut être
uniquement dentaire ou bien dans certains cas atteindre le niveau facial.
·
De face, le
patient pourra présenter une inoclusion labiale au repos avec parfois même un
sourire gingival du fait de la proalvéolie.
·
De profil, on
pourra observer une biprocheilie avec un sillon labio-mentonnier marqué.
5.2.2-
Signes endobuccaux
5.2.2.1- Intra-arcades
·
En denture
temporaire :
L’absence
de diastèmes inter-incisif de BOGUE à 5 ans, sans être pathognomonique, apporte
une forte présomption de DDM en denture permanente surtout lorsque des
rotations incisives compliques l’absence de ces diastèmes.
·
En phase de constitution de la denture
mixte :
A
ce stade on pourra observer différents signes laissant suspecter l’installation
d’une DDM :
-
Rhizalyse prématurée d’incisives lactéales
temporaires par les incisives centrales permanentes.
-
Résorption de 2 dents temporaires par une seule
dent définitive.
-
Evolution des incisives permanentes en linguo
position ou en vestibuloversion.
-
Expulsion unilatérale d’une canine temporaire
lors de l’évolution des incisives permanentes (provoquant souvent une déviation
des milieux).
-
Expulsion spontanée des 2 canines temporaires à
l’évolution des incisives ; l’encombrement n’est pas forcément visible
mais il n’y a plus de place pour l’évolution ultérieure des canines définitive
qui se positionneront en ectopie.
-
Chute de la 2e molaire temporaire
lors de l’éruption de la dent de 6 ans.
·
En phase de constitution de la denture
adolescente :
-
Evolution vestibulaire des canines définitives
en infra position ou en infra mésio vestibulo position, avec manque ou absence
de gencive attachée.
-
Inclusion vestibulaire ou palatine des canines
définitives.
-
Evolution des 1e et 2e
prémolaires en vestibulo ou linguo position ou en rétention.
-
Version corono distale exagérée des incisives
latérales définitives : signe de QUINTERO.
·
En denture adulte :
-
Encombrement incisif avec parfois dénudation
parodontale, perte de gencive attachée voir même mobilité d’une incisive
inférieure en vestibulo position.
-
Vestibulo version des incisives avec absence de
diastèmes.
-
Malpositions et rotations multiples :
ectopie des canines, rotation des prémolaires, rotation mésio vestibulaire des
dents de 6 ans ce qui diminue l’espace disponible, vestibulo version des 7
supérieures.
-
Dents enclavées : 2e molaire
enclavée sous le bombé distal de la 1e molaire.
-
Dents incluses : canines en inclusion
vestibulaire ou palatine, 3e molaire incluse, voie même inclusion
des prémolaires.
-
Courbe de SPEE exagérée.
5.2.2.2- inter-arcades
·
Statique :
-
L’encombrement incisif inférieur peut aller
jusqu'à l’inversé d’articulé d’une incisive inférieure très vestibulée.
-
Perte de la concordance des milieux incisifs.
-
Dans les vestibuloversions supérieures le
surplomb sera augmenté.
-
Inversement dans les vestibulo versions
inférieures où le surplomb sera diminué.
·
Dynamique :
-
Interférences en latéralité et en propulsion du
fait des malpositions. (notamment en propulsion où lors d’un encombrement le
guide incisif se fera sur l’incisive inférieure la plus vestibulée créant ainsi
des surcharges occlusales sur cette dent à l’origine de troubles occlusaux).
-
Prématurité entre la RC et l’OIM pouvant provoquer
des déviations du chemin de fermeture.
6- LES SIGNES RADIOLOGIQUES DE LA DDM
6.1-
RADIOGRAPHIE PANORAMIQUE
Il
convient de rappeler ici l’importance d’une radiographie panoramique qui va permettre
de donner une vue d’ensemble des arcades dentaires ; cependant il faut
également insister sur les limites de ce type de cliché sur lequel les mesures
sont impossibles et sur lequel des germes ou des dents en malposition pourront
ne pas apparaître.
Lors
d’une DDM négative on pourra observer sur une radio panoramique :
-
Les axes des germes des canines fortement
mésioversés avec des espaces d’évolution réduits.
-
Une distoversion des incisives latérales
supérieures (signe de QUINTERO)
-
Une position haute des canines.
-
Des prémolaires enclavées ou incluses.
-
Une mésio ou distoversion des germes des 2e
molaires inférieures.
-
Une rhizalyse prématurée totale ou partielle des
racines de deux dents de lait par une seule dent définitive.
6.2-
TELERADIOGRAPHIE
Sur
une téléradiographie différents signes qualitatifs pourront être
observés :
-
Une vestibuloversion exagérée des incisives
inférieures.
-
L’image de la canine dans la symphyse.
-
La superposition de germes en particulier des
germes des 6 7 et 8.
-
Un espace réduit pour l’évolution des 7 et des
8.
-
Une version distale des germes des 7 et des 8
avec parfois des germes de 8 parallèles au plan d’occlusion.
L’analyse
quantitative de la téléradiographie sera elle étudiée plus loin avec la prise
en compte du repositionnement de l’incisive inférieure.
6.3-
RADIOGRAPHIE RETROALVEOLAIRE
Des
clichés rétro alvéolaires vont permettre de confirmer les signes observés sur
la radio panoramique notamment dans les cas d’agénésie et de dents en ectopie.
Lors
de l’étude de la DDM
en denture mixte des radiographies long cône pourront être utilisées pour
mesurer le diamètre mésio distal des dents non évoluées sur l’arcade.
7-
LES MOYENS D’EVALUATION DE LA DDM
La DDM sera quantifiée en général
à la mandibule où les limites de la denture sont plus strictes et les
possibilités thérapeutiques plus limitées.
Trois
paramètres vont intervenir dans l’évaluation de la DDM :
-
Le nivellement de la courbe de SPEE
-
L’encombrement dentaire
-
Le repositionnement de l’incisive inférieure
Les
deux premiers paramètres seront évalués sur les moulages alors que le
repositionnement incisif sera lui étudié en fonction de critères cliniques et
céphalométriques.
Chacun de ces éléments fait l'objet d'une appréciation
différente en fonction de l'auteur et de sa philosophie, et peut entraîner des
disparités importantes dans la quantification de la DDM pour le même cas.
Le calcul de la
DDM apparaît donc comme un élément éminemment subjectif dans
l'établissement du diagnostic. Il semble
alors légitime de s'interroger sur la valeur à donner à l'évaluation de la DDM, car la décision
d'extraire ou de ne pas extraire en dépend très souvent.
7.1- LE NIVELLEMENT DE LA COURBE DE SPEE
La courbe de Spee a été décrite en 1890 par Ferdinand Graf
VON SPEE. Il l'a définie comme la ligne
fictive qui suit la pointe des cuspides molaires et des prémolaires, dans le
sens antéropostérieur, et dont la courbure plus ou moins prononcée est
légèrement concave sur l'arcade inférieure.
La plupart des auteurs prennent actuellement en compte les
incisives dans l’étude de la courbe de SPEE ; celle-ci correspondant alors
à la ligne fictive allant de la deuxième molaire aux incisives centrales
inférieures en suivant les pointes cuspidiennes.
Pour
l'orthodontiste, la correction de la
DDM passe par le nivellement de la courbe de Spee. De plus, une arcade nivelée sera toujours
mieux contrôlée dans les sollicitations intra et inter-arcades. La phase du nivellement va donc correspondre
à la première étape du traitement en plaçant les dents des secteurs latéraux
parallèles les unes aux autres.
Le
problème essentiel que pose la mise à plat de l'arcade dans le sens sagittal
concerne l'effet d'allongement du périmètre d'arcade qui en résulte et qui se
manifeste cliniquement par une augmentation de la version coronovestibulaire
des incisives inférieures. En effet, si l'on assimile la courbe de Spee à un
arc de cercle, l'allongement de l'arcade dû à son nivellement correspond à la
différence entre la longueur de l'arc de cercle et la longueur de la corde qui
sous-tend cet arc.
Il est donc nécessaire pour l'orthodontiste de prévoir cet
allongement et de l'intégrer dans les éléments du diagnostic afin de pouvoir en
prévenir les effets.
Plusieurs indices ont été décrits pour permettre de calculer
la longueur d’arcade nécessaire au nivellement de la courbe de Spee.
Fig. 1 Le nivellement de la courbe de Spee (AB) génère un allongement (Y)
de l'arcade
(AC) (GARCIA, 1991)
7.1.1- L'indice de BALDRIDGE (1960)
BALDRIDGE, en 1960, est le premier à avoir cherché à
quantifier l'espace nécessaire au nivellement de la courbe de Spee. Son indice fait donc référence en la matière
puisqu'il est le précurseur.
BALDRIDGE
analyse trente modèles mandibulaires sur lesquels il effectue des mesures lui
permettant de proposer deux équations prévisionnelles pour le calcul
l'allongement résultant du nivellement de la courbe de Spee (Y).
La première formule avec un coefficient de corrélation de 0,85 a pour expression
Y = 0,106705 X + 0,1055
avec X = somme des distances de chaque pointe cuspidienne
des molaires prémolaires et canines des deux côtés par rapport au plan de
référence.
La deuxième formule avec un coefficient de corrélation de 0,78 a pour expression :
Y = 0,488 X - 0,51
avec X = somme des maxima de profondeur à droite et à
gauche.
Il existe une formule simplifiée de la deuxième équation de
BALDRIDGE dont l'expression est : Y = 1/2 X – 0,5
7.1.2- La méthode empirique
Dans cette méthode que certains auteurs qualifient de
"populaire" on estime que un millimètre de périmètre d'arcade est
consommé pour niveler chaque millimètre de profondeur de courbe de Spee. On a donc le périmètre d'arcade consommé Y =
X, la somme des maxima droit et gauche de profondeur de la courbe de Spee.
7.1.3- L'indice de DALE
DALE a décrit un indice pour lequel un demi millimètre est
ajouté à la moyenne de maximum de profondeur de courbe de Spee de chaque
côté. L'équation qui en résulte a pour
expression :
Y=1/2 X + 0,5
avec Y = périmètre d'arcade consommé par le nivellement,
et X = somme des
maxima de profondeur droit et gauche de la courbe de Spee.
7.1.4- L'indice de la fondation TWEED
La
fondation TWEED utilise la formule suivante:
Y = 1/2 X + 1
dans laquelle comme précédemment Y et X correspondent
respectivement au périmètre d’arcade consommé par le nivellement et à la somme
des maxima de profondeur droit et gauche de la courbe de Spee.
7.1.5- L'indice de GARCIA (1985)
Les travaux réalisées par GARCIA permet d'établir qu'il
n'existe pas de différence significative dans les caractéristiques de la courbe
de Spee entre les deux sexes d'une part et entre les côtés droit et gauche
d'autre part en ce qui concerne la situation et l'amplitude du maximum de
profondeur et la valeur de l'allongement.
Selon ses travaux la droite de régression qui unit la
profondeur totale de la courbe (X) à la valeur de l'allongement (Y) a pour
équation:
Y= 0,657X + 1,34
Son utilisation systématique est peu pratique en raison du
nombre de décimales. On peut utiliser
une formule simplifiée, l'allongement a alors pour expression:
Y=2/3 X + 1
7.1.6- L'étude de BRAUN et coll.(1996)
BRAUN utilise un système sophistiqué, assisté par
ordinateur, permettant de déterminer les coordonnées d'un point dans les trois
sens de l'espace. Grâce à cette
instrumentation, il mesure sur une série de modèles les coordonnées de
différents points de la courbe de Spee.
La somme des distances séparant ces points, qui représente en fait la
longueur de la courbe de Spee est ensuite comparée à la mesure de la projection
de la courbe sur le plan horizontal de référence. Cela permet à BRAUN d'établir une équation
reliant, X la somme des maxima de profondeur de la courbe de Spee à droite et à
gauche, à Y le périmètre d'arcade consommé par le nivellement de la
courbe. Cette équation dont l'expression
est :Y= 0,2462X - 0,1723 présente un coefficient de corrélation de 0,918.
7.1.7 Conclusion
Le grand nombre d'étude concernant l'espace nécessaire au
nivellement de la courbe de Spee ainsi que la disparité des résultats qui en
découle témoignent de la difficulté à évaluer le périmètre d'arcade consommé
par le nivellement.
La figure ci dessous établie par BRAUN résume très bien
l'importance des variations rencontrées dans l'évaluation du périmètre d'arcade
consommée par le nivellement de la courbe de Spee en fonction des différentes
équations que l'on peut utiliser.
Pour une somme des maxima de profondeur droit et gauche de
la courbe de Spee "X" égal à 6 millimètres
la valeur du périmètre d'arcade consommé par le nivellement "Y" va de
1,3 millimètre
pour BRAUN à 6
millimètres pour la méthode empirique du un pour un soit
une variation de 4,7
millimètres qui correspond quasiment à la largeur
moyenne d'une incisive inférieure.
Graphique comparant les différentes
études réalisées (BRAUN et coll., 1996)
7.2- L'APPRECIATION DE L'ENCOMBREMENT DENTAIRE
L'encombrement, c'est-à-dire, le chevauchement des dents est
le signe considéré comme le plus évident de la dysharmonie
dentomaxillaire. Le grand nombre de
techniques proposées pour permettre son évaluation précise atteste de la
difficulté de cette étape du calcul de la DDM.
7.2.1- La méthode par inspection
Après observation des moulages, le chevauchement dentaire
est évalué visuellement de façon globale ou dent par dent. Cette méthode très simple et rapide présente
une fourchette d'erreur de 2,5 à 5,5
mm.
7.2.2 La méthode de mesure du chevauchement
Cette méthode dérivée de la précédente consiste à mesurer et
à additionner la valeur des différentes zones de chevauchement dentaire. La mesure s'effectue avec une jauge de BOLEY
ou un compas balustre à pointe sèche.
Les variations moyennes vont de 3 à 5 mm.
7.2.3 La méthode de l'index d'irrégularité de LITTLE
Décrite en 1975 cette technique propose de mesurer la
distance linéaire entre les points de contact anatomiques théoriques des dents
antérieures. La somme des cinq mesures
effectuées représente l'index d'irrégularité.
Cet index n'est pas une mesure de l'encombrement mais plutôt un guide
pour quantifier l'ampleur du chevauchement dentaire antérieur.
7.2.4 La méthode de NANCE (1947)
Deux mesures sont réalisées, celle de l'espace nécessaire et
celle de l'espace disponible, au niveau des dix dents antérieures.
L'espace nécessaire correspond à la somme des diamètres
mésiodistaux des dix dents antérieures mesurée avec un compas Balustre ou une
jauge de BOLEY.
L'espace disponible est mesuré à l'aide d'un fil de laiton
passant au niveau des points de contact des dents entre elles en dessinant une
forme d'arcade idéale sans tenir compte des malpositions de la face mésiale de
la première molaire droite à celle de la première molaire gauche. Le fil est ensuite remis rectiligne et
mesuré.
La différence entre ces deux mesures correspond à
l'encombrement.
BEAZLEY a mis en évidence des variations extrêmes de cette
méthode allant de 5,5 à 12,5 mm, en fonction de la
zone de positionnement du fil de laiton au niveau des chevauchements dentaires.
Certains auteurs ont adapté cette méthode en l'utilisant non
pas sur les dix dents antérieures mais sur les douze dents antérieures.
En denture mixte pour utiliser la méthode de NANCE il
faudra :
-
Pour le calcul
de l’espace nécessaire :
-
Mesurer le
diamètre mésio distal des dents non évoluées sur une radio long cône
-
Ou utiliser la
table de CLAUS et MOYERS qui donne la somme des diamètre mésio distaux des
canines et prémolaires en fonction de la taille des 4 incisives mandibulaires
-
Pour le calcul
de l’espace disponible :
-
Soustraire la
valeur du lee way si on ne le bloque pas.
Le lee way est estimé par BLACK à 1,7 mm par côté à l’arcade
mandibulaire (0,9 mm
par côté à l’arcade maxillaire)
7.2.5 La méthode segmentaire
Décrite par HUNTER en 1978 et reprise par LUNDSTRÔM, ,cette
technique consiste à mesurer l'espace disponible en divisant l'arcade dentaire
en quatre ou six secteurs, sans tenir compte des malpositions et des
chevauchements.
L'espace nécessaire correspondant à la somme des diamètres
mésiodistaux des dents de l'arcade considérée, la différence entre les deux
valeurs d'espace disponible et nécessaire obtenue donnera la valeur de
l'encombrement. Les variations obtenues
avec cette méthode sont déjà plus faibles de l'ordre de 3 à 4 mm.
Evaluation de
l'espace disponible en denture permanente selon l'analyse de
LUNDSTRÔM
(RAKOSI et JONAS, 1992)
7.2.6- La méthode de MUSICH et ACKERMAN
Cette
méthode. dérivée comme la précédente de la méthode de NANCE utilise pour la
mesure de l'espace disponible un instrument particulier: le caténomètre. Il s'agit d'une chaînette de 90 mm attachée aux mors d'un
pied à coulisse, monté en avant d'une plaquette de plexiglas. Le modèle est appliqué verticalement derrière
la plaquette et on ajuste la longueur de la chaînette afin qu'elle corresponde
au périmètre d'arcade puis on lit la mesure correspondante sur le pied à
coulisse.
Le caténomètre
en place sur le modèle d'étude avec la chaînette suspendue
ajustée pour
estimer le périmètre d'arcade habitable.
Le levier A bloque le guide
inter proximal
dans la bonne position. Le levier B
bloque la tige de réglage après que la chaînette ait été parfaitement ajustée
au périmètre d'arcade habitable
(MUSICHetACKERMAN, 1973)
7.2.7 La méthode du set up de KESLING
Cette technique consiste à découper soigneusement les dents
de l'arcade une par une et à les remonter selon une position et une forme
d'arcade idéale. L'encombrement sera facilement mis en évidence lorsqu'une ou
plusieurs dents ne pourront être remonter sur l'arcade, son évaluation se fera
à l'aide d'un compas Balustre ou d'un pied à coulisse.
7.2.8 La méthode mathématique de MILLS et HAMILTON
Partant du principe que l'arcade dentaire idéale correspond
à une parabole ; ces deux auteurs décrivent l'espace disponible comme
étant la longueur de l'arc de la parabole exprimé par la formule :
espace disponible : SPQ
=
7.2.9- La méthode de l'ordinateur Rocky Mountain
A
partir de la position céphalométrique de l'incisive inférieure, de la première
molaire inférieure et des canines, l'ordinateur trace une courbe caténaire à
deux paramètres passant par les points de contact. Il sélectionne la forme individuelle idéale
de l'arcade du patient en tenant compte de l'âge, du sexe, de la typologie et
de l'ethnie et calcule l'espace nécessaire et l'espace disponible. La mesure de la DDM par l'ordinateur présente
un maximum d'erreur de 2 mm
selon son auteur.
7.2.10- La méthode de l'occlusogramme
Cette technique est basée sur la réalisation d'un diagramme
occlusal à partir de mensurations de l'arcade prises sur les moulages pour les
uns, ou bien à partir d'une photocopie des moulages à la cote 1/1 pour les
autres.
On transfère sur la forme d'arcade idéale construite, les
diamètres mésiodistaux de chaque dent depuis les incisives jusqu'aux molaires ;
on observe ainsi au niveau postérieur de l'arc l'ampleur de l'encombrement de
chaque coté.
Selon ces auteurs, cette méthode fournit des variations de 1,5 mm.
7.2.11- La méthode de l'arcogramme de HERREN et SCHMOKER
Décrite
en 1973 cette méthode utilise un "arcographe", Il s'agit d'un système
optique utilisant un microscope binoculaire placé au-dessus des moulages
recouverts de cellophane. Cet appareil
permet de mesurer la largeur mésiodistale des dents et de tracer un arcogramme
en moyennant l'écart des points de contact.
L'arcade géométrique idéale est construite directement sur le colophane
et l'encombrement est mesuré à 0,64
mm près selon les auteurs.
7.2.12- La méthode de CHATEAU
CHATEAU compare le périmètre des 14 dents maxillaires (P14)
à la capacité maxillaire.
Pour simplifier les mesures il a choisi de mesurer le
diamètre de dents témoins D1 D4 D6
P14 = (D1 + D6) X 5,95
avec 7,4% d’erreur
P14 = (D1 + D4 + D6) X 4,4
avec 5,2% d’erreur
Ce P14 est comparé à la capacité maxillaire correspondant au
périmètre habitable actuel (PHA mesuré sur les moulage avec un fil tangent au
faces vestibulaires jusqu’aux tubérosités) modifié en fonction de la correction
de l’inclinaison incisive et de l’espoir de croissance (+16 +8 ou +4 mm selon que l’enfant a respectivement 8 12
ou 16 ans)
CHATEAU effectue les même mesures en considérant les 10
dents antérieures
P10
= (D1 + D4) X 4,7
P10 = (D1 + D6) X 3,85
Cette
mesure semble plus fiable que celle utilisant le P14 car on ne prend pas en
compte la croissance postérieure, qui est difficile à évaluer, dans le calcul
de la capacité maxillaire comparée au P10.
7.2.13- calcul de la
DDM apparente selon la technique d’AKNIN
A
partir de la charte de BONWILL-HAWLEY, AKNIN a définit une formule mathématique
permettant d’obtenir la valeur de l’espace disponible selon la forme d’arcade
idéalisée de fin de traitement.
P = 2/3 pR + 2L-R_
sin 70°
P = périmètre d’arcade de fin de traitement
= espace
disponible
2R = distance inter-secondes prémolaires
prise au
milieu des sillons de 35-45
L = longueur d’arcade, du bord libre des incisives
mandibulaires à
la tangente aux faces distales
de 36-46 ou
37-47
Cette formule permet donc d’obtenir la valeur de l’espace
disponible à partir de la forme d’arcade individualisée et idéalisée de fin de
traitement. Il faut noter également que l’espace disponible est ici mesuré à
plat et qu’il inclut de ce fait le nivellement de la courbe de SPEE.
La différence entre espace nécessaire (somme des diamètres
mésio distaux des dents) et espace disponible (donné par la formule) permet
donc d’obtenir la valeur de la DDM
apparente qui inclut encombrement et nivellement de la courbe de SPEE sans
prendre en compte le repositionnement incisif.
7.2.14- Conclusion sur le calcul de
l'encombrement
L'évaluation de l'encombrement est certainement un des
éléments les plus critiques de l'examen orthodontique. De même qu'une erreur céphalométrique de 2 ou
3 mm
change radicalement un plan de traitement, une erreur de 2 ou 3 mm sur le périmètre d'arcade
peut altérer la stratégie thérapeutique.
Il convient donc de relativiser l'ampleur des valeurs obtenues aux vues
des fourchettes d'erreur qui selon les techniques peuvent atteindre 5 à 6 mm voir 12 mm pour certaines ce qui
est considérable.
L'appréciation de l'encombrement et par la même de la DDM reste cependant un élément
de l'examen qui n'est pas anodin, il est donc important de bien analyser et de
bien concevoir quels sont les éléments mesurés avec la technique que l'on
choisit d'utiliser.
En effet chaque technique présentant déjà un intervalle de
variation non négligeable il est impératif de ne pas l'augmenter par des approximations
en ne respectant pas la méthodologie de l'auteur qui a décrit cette technique.
Le calcul de la DDM
comprend trois éléments distincts
- l'encombrement,
- le nivellement de la courbe de Spee,
- le repositionnement de l'incisive inférieure.
Le nivellement de la courbe de Spee est schématiquement
l'espace consommé par
la
transformation de la courbe en une droite.
L'encombrement correspond, au sens strict, à la valeur du
chevauchement dentaire c'est-à-dire à la différence entre espace nécessaire et
espace disponible et ce sans y intégrer le nivellement de la courbe de SPEE qui
sera évalué séparément.
Ainsi lorsque dans la technique de NANCE par exemple, on
évalue la longueur de l'espace disponible à l'aide d'un fil de laiton, si cette
mesure est réalisée à plat, c'est à dire dans le plan horizontal on intègre
déjà la valeur de l'espace consommé par le nivellement de la courbe de
Spee. On va donc dans ce cas soustraire
de façon fortuite deux fois la valeur du nivellement de la courbe de Spee et
augmenter d'autant plus le chiffre d'une DDM déjà négative, ce qui pourra alors
favoriser dans un cas limite le choix d'un traitement avec extraction.
Ainsi, lors du calcul de la DDM:
·
si on évalue
directement le chevauchement dentaire ou que l'on utilise une méthode dans
laquelle l'espace disponible est mesuré dans les trois dimensions de l'espace,
il est impératif d'intégrer le nivellement de la courbe de Spee dans le calcul
de la DDM.
·
en revanche,
si on emploie une méthode où la mesure de l'espace disponible s'effectue dans
le plan horizontal (occlusogramme, caténomètre, méthode de MILS) la valeur du
nivellement de la courbe de Spee est déjà comprise dans l'évaluation de
l'espace disponible. Il est donc
nécessaire dans ce cas de ne pas retrancher une nouvelle fois la valeur du
nivellement pour ne pas surévaluer à tort la DDM négative.
7.3- LE REPOSITIONNEMENT DE L'INCISIVE INFERIEURE
Il est classiquement admis que la clef de voûte de
l'occlusion dentaire est l'incisive inférieure, qui limite antérieurement la
denture. Elle sert donc de référence et
doit être replacée dans une situation d'équilibre fonctionnel garante de sa
stabilité.
Ce repositionnement de l'incisive inférieure est un
paramètre essentiel de calcul de la dysharmonie dento-maxillaire.
Or, la position d'équilibre fonctionnel de cette incisive
est définie différemment selon les auteurs.
Certains la repositionne selon une angulation bien précise par rapport
au plan mandibulaire, d'autres en fonction de l'épaisseur de la symphyse ou
encore par rapport au décalage maxillomandibulaire. D'autres auteurs préfèrent tenir compte
plutôt de l'esthétique faciale pour gérer ce repositionnement incisif
7.3.1- Le repositionnement de l'incisive inférieure selon
l'analyse de TWEED MERRIFIELD
A partir de 1944, TWEED se livre à des études
céphalométriques de sujets traités et non traités présentant pour lui une
esthétique satisfaisante. Dans tous les
cas, il découvre que l'axe de l'incisive inférieure se rapproche de la
perpendiculaire avec le plan mandibulaire.
Naît alors le triangle puis la formule de TWEED.
Le triangle de TWEED est délimité par le plan de Francfort,
le plan mandibulaire de DOWNS et l'axe de l'incisive inférieure.
Ces trois droites définissent trois angles
-
l'angle FMA
entre le plan de Francfort et le plan mandibulaire,
- l'angle FMIA
entre le plan de Francfort et l'axe de l'incisive inférieure,
- l'angle IMPA
entre le plan mandibulaire et l'axe de l'incisive inférieure.
Les
recherches cliniques de l'équipe de la fondation TWEED ont permis de déterminer
les valeurs possibles de FMIA et IMPA en fonction de la valeur de FMA. C'est ce que l'on appelle la formule de
TWEED:
-
pour un angle
FMA de 22° à 28° l'angle FMIA doit être de 68°,
-
pour un angle
FMA supérieur à 28° l'angle FMIA doit tendre vers 65°,
-
pour un angle
FMA inférieur à 22°la valeur de l'angle FMIA doit être telle que l'angle IMPA
ne dépasse pas 92°.
Le redressement de l'incisive inférieure doit s'effectuer
selon TWEED autour de son apex. Chaque
degré de redressement va alors consommer 0,8 millimètre
de périmètre d'arcade.
L'analyse
de TWEED a subi sous l'impulsion de MERRIFIELD une évolution importante. Certes, le triangle diagnostic de TWEED qui
indique la position idéale de
incisives
inférieures en fonction de la typologie reste la "clef de voûte" des
décisions thérapeutiques, mais, les résultats qu'il nous donne doivent
cependant être modérés en fonction de l'esthétique du patient.
MERRIFIELD a tout d'abord créé l'analyse de l'espace total
qui quantifie les déficits de l'arcade mandibulaire par zone tout en respectant
une position optimale de l'incisive inférieure (formule de TWEED) puis
l'analyse craniofaciale, qui pondère les variables céphalométriques et
occlusales en fonction de la typologie faciale, avec pour résultat l'élaboration
d'un index de difficulté de traitement.
A l'heure actuelle dans l'analyse de TWEED MERRIFIELD la règle du
triangle de TWEED n'est pas strictement appliquée lorsque, d'une part le profil
du patient est équilibré et risque d'être dégradé par un traitement inadéquat
et lorsque d'autre part, le rapport du nez avec la ligne Z est
satisfaisant. Le sens clinique conserve
donc le dernier mot au moment de la décision.
L’ analyse de l’espace total va permettre d’étudier la DDM à 3 niveaux :
·
zone antérieure :
-
encombrement :c’est
la différence entre l’espace nécessaire (EN) et l’espace disponible (ED).
EN = somme des diamètres mésiodistaux des 6 dents
antérieures,
ED = périmètre d’arcade de la face mésiale de 34 à celle de 44
-
correction
céphalométrique : elle est donnée par la règle de TWEED
le périmètre d’arcade consommé étant égal à 0.8 X le degré
de redressement ou 2 X la mesure millimétrique du déplacement.
·
Zone
moyenne :
-
Encombrement :
EN-ED
EN = sommes des
diamètres mésiodistaux des prémolaires et de la 1e molaire
ED = espace disponible entre les faces mésiales des 1e
prémolaires et des 2e molaires
-
Nivellement de
la courbe de SPEE : Y =1/2 X +1
-
Correction de
la classe II : cela correspond à la somme des classe molaire droite et
gauche si on décide de corriger la classe II par mésialisation des molaires
inférieures.
·
Zone
postérieure :
-
Encombrement :
EN – ED
EN = somme des diamètres mésiodistaux des 7 et 8
ED = distance sur le plan occlusal entre les faces mésiales
des 7 et les branches montantes de la mandibule.
-
Croissance
postérieure :
1,5 mm / an /côté jusqu’à 14 ans chez les filles
1,5 mm / an /côté jusqu’à 16 ans chez les garçons
7.3.2- Le repositionnement de l'incisive inférieure selon
l'analyse de STEINER
Publiée
en 1953, puis modifiée et complétée en 1959, l'analyse de STEINER est contrairement à
l'analyse de TWEED restée figée par rapport à sa conception initiale.
Dans
cette approche l'incisive mandibulaire est repositionnée en fonction de la
prévision de croissance de la symphyse mandibulaire.
Trois
éléments vont permettre à STEINER de définir la position idéale de
l'incisive inférieure :
-
la distance
entre la ligne nasion point B et la face vestibulaire de l'incisive inférieure
doit être égale à quatre millimètres,
-
l'axe de l'incisive inférieure par rapport à
cette ligne nasion point B doit former un angle de vingt-cinq degrés,
-
l'incisive
inférieure doit être positionnée de façon à respecter le rapport de
HOLDAWAY. Pour cet auteur la distance
entre le pogonion osseux et la ligne nasion point B doit être égale à la
distance entre l'incisive inférieure et cette même ligne nasion point B. Si la
différence entre les deux valeurs est de un ou deux millimètres l'esthétique
est encore satisfaisantes si l'écart n'excède pas trois millimètres l'équilibre
facial est tout juste acceptable, mais s'il est supérieur ou égal à quatre
millimètres au profit de l'incisive, il est absolument indispensable de
redresser l'incisive mandibulaire pour améliorer le profil. En prenant donc en compte le relief de l'imminence
mentonnière, la règle de HOLDAWAY va ainsi permettre de repositionner
l'incisive inférieure en resituant les lèvres en harmonie avec le menton.
7.3.3- Le point de vue d'autres auteurs
Dans
l'analyse de SASSOUNI, la position de l'incisive inférieure est évaluée par
rapport à l'arc de centre 0 passant par le pogonion. En normoposition la face vestibulaire de
l'incisive inférieure doit être deux millimètres en arrière de cet axe.
RICKETTS
compare la position de l'incisive inférieure à la ligne point A-pogonion (plan
facial de DOWNS). Pour lui, la position
de cette dent doit plus tenir compte des bases maxillaires antagonistes que des
points cranio-faciaux plus ou moins éloignés.
Il mesure la distance du bord libre de l'incisive inférieure par rapport
à APo (en moyenne un millimètre en avant de APo) et l'angulation du grand axe
des incisives inférieures avec APo (norme clinique 22°). Ce repositionnement est ensuite clairement
établi en fonction de la VTO
(Visual Treatment objective).
Pour
BURSTONE, qui prend une certaine distance par rapport à la céphalométrie, la
position des incisives inférieures dépend du type de profil que l'on
désire. Selon lui, une mesure fort
éloignée de la moyenne peut convenir si elle s'accorde à l'environnement
tissulaire.
DECKER
estime qu'il est possible d'individualiser le repositionnement de l'incisive
inférieure sans compromettre l'équilibre musculaire oro-facial lorsque le
contexte facial l'impose. Cet auteur
présente ainsi un cas où l'incisive inférieure dans sa position terminale fait
un angle de 106° avec le plan mandibulaire bien loin de l'angle IMPA à 90'
préconisé par TWEED.
Selon
ALEXANDER, on peut laisser l'incisive mandibulaire là où elle se trouve en
début de traitement, car dans cette position elle se trouve dans une situation
d'équilibre fonctionnel par le jeu des compensations.
Pour CETLIN, « l'incisive
est stable, là où elle est placée si le profil est acceptable »
Chez
les hypodivergents en classe II, AKNIN insiste sur la nécessité
d'individualiser au patient le repositionnement de l'incisive
mandibulaire. La règle de TWEED semble
inadaptée dans ce type de situation clinique et esthétique. En effet dans cette hypothèse, un angle IMPA
parfois supérieur à 100 degrés ne semble pas compromettre l'équilibre
fonctionnel de l'incisive inférieure ; le redressement inconditionnel de cette
incisive compromettrait lui l'équilibre et l'harmonie faciale. Pour AKNIN l'attitude du clinicien doit donc
rester critique face à la céphalométrie.
Le traitement de la dysharmonie dentomaxillaire et l'obtention d'une
occlusion de classe I d'Angle sont des objectifs essentiels. Mais il faut aussi prendre en compte le
diagnostic esthétique, qui est un élément important du choix thérapeutique. AKNIN décrit des signes d'alarmes
céphalométriques permettant de mettre en évidence les sujets à risques dès la
première consultation.
Chez ces patients, la rétraction des incisives, si elle est
souhaitable au plan céphalométrique, peut aussi avoir des conséquences peu
opportunes au niveau du profil cutané.
L'examen
du profil cutané est l'un des éléments essentiels du repositionnement éventuel
de l'incisive mandibulaire. Un défaut de
contact labial, un sourire gingival sont corrigés par le repositionnement
lingual de l'incisive mandibulaire. Mais
faut-il reculer cette incisive si le contact labial est fonctionnel et
équilibré ?
Il
est donc nécessaire au moment de l'établissement de la stratégie thérapeutique
de faire une analyse esthétique précise du profil du patient. Ainsi l'analyse de EPKER et FISH et l'analyse
de CANUT peuvent devenir des facteurs décisionnels importants dans le
repositionnement de l'incisive inférieure.
Pour
CANUT, la position de l'incisive inférieure est bien évidemment un facteur
important sur le plan fonctionnel ainsi que pour la stabilité, mais cela ne
doit pas occulter l'importance de la position de l'incisive supérieure qui est
un facteur clef de l'esthétique dento-facial.
Nous avons pu remarquer qu'il existe différentes perceptions
du repositionnement de l'incisive inférieure.
Il semble évident qu'aucune ne détient la vérité biologique du
repositionnement. La face se caractérise
par l'extrême variabilité de ses composantes structurales et fonctionnelles,
qui évoluent dans l'espace et dans le temps.
Le rôle du praticien est de pouvoir intégrer pour chaque patient la
solution qui conviendra le mieux, en fonction des critères morphologiques,
fonctionnels, esthétiques et psychologiques.
8-
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL DE LA DDM
8.1-
LA BIPROGNATHIE
Cette
dysmorphose ne doit pas être confondue avec la biproalvéolie accompagnant une
DDM dans laquelle les bases osseuses sont de taille normale alors qu’elles sont
de dimensions trop importantes dans la biprognathie
8.2-
LES MACROCHEILIES
Dans
la macrocheilie c’est le volume des lèvres qui est trop important et non les
incisives qui les soutiennent qui sont trop vestibulées comme cela peut être le
cas dans la biproalvéolie.
8.3-
LA DDM TRANSITOIRE
Chez
certains patients ont peut voir une DDM transitoire, qui va disparaître par la
suite, lors de :
-
Un asynchronisme entre le rythme de la dentition
qui est plus rapide que celui de la croissance squelettique (âge dentaire
>âge osseux)
-
Anomalie des séquences d’éruption avec
élimination tardive des 2e molaires temporaires inférieures
-
Un lee-way important
-
Une évolution des incisives permanentes qui
provoque un léger encombrement transitoire résorbé par les diastèmes simiens et
inter incisifs
8.4-
LA DDD
une
DDD par excès mandibulaire peut entraîner un encombrement qui peut laisser
penser à la présence d’une DDM.
La DDD est une disproportion
entre la taille des dents maxillaires et mandibulaires. Elle est mise en
évidence par l’indice de BOLTON
Rapport
antérieure=somme des diamètres mésio-distaux
des 6 dents antérieures mandibulaires
somme des
diamètres mésio-distaux des 6 dents antérieures maxillaires
= 77,2% +-
0,22
Rapport
d’ensemble= somme des diamètres mésio-distaux
des12 dents mandibulaires
somme
des diamètres mésio-distaux des 12 dents maxillaires
= 91,3% +-
0,26
9-
PRNOSTIC DE LA DDM
9.1-
CONSEQUENCES DENTAIRES
-
Malpositions diverses : ectopie, rotations,
inclusions, dents enclavées
-
Linguoclusion ou vestibuloclusion incisives et
prémolaires
-
Abrasions prématurées
-
Caries éventuelles
9.2-
CONSEQUENCES PARODONTALES
-
difficultés d’élimination de la plaque dentaire
du fait des malpositions
-
risques de dénudations ou de déhiscences
ultérieures des dents antérieures trop vestibulées
-
manque ou absence de gencive attachée des dents
en ectopie vestibulaire
-
proximité radiculaire notamment au niveau des
incisives inférieures.
9.3-
CONSEQUENCES OCCLUSALES
-
troubles des ATM du fait des interférences et
des prématurités occlusales chez les sujets prédisposés.
9.4-
CONSEQUENCES ESTHETIQUES
-
un encombrement antérieure notamment peut
représenter un préjudice esthétique important pour le patient qui va parfois
essayer de ne pas trop découvrir sa denture lors du sourire.
10-
APPROCHE THERAPEUTIQUE DE LA DDM
Le traitement de la
DDM négative sera effectué en choisissant entre 2
possibilités :
-
L’augmentation
de l’espace disponible
-
La diminution
de l’espace nécessaire
10.1- AUGMENTATION DE L’ESPACE DISPONIBLE
10.1.1- Augmentation de la dimension sagittale de l’arcade
dentaire
La longueur d'arcade peut être modifier à deux
niveaux :
-
au niveau
postérieur, on peut effectuer une distalisation des première ou deuxième
molaires mandibulaires grâce à l'utilisation d'un "lip bumper". Ce pare choc labial va permettre de gagner
raisonnablement dans certains cas jusqu'à trois millimètres de longueur d'arcade,
une distalisation plus importante pourrait en effet créer un encombrement
postérieur,
-
au niveau
antérieur, on peut réaliser un léger repositionnement incisif
vestibulaire. Ceci est possible dans
certaines indications esthétiques de correction du profil dans la mesure où le
parodonte le permet.
10.1.2- Augmentation de la dimension transversale de
l’arcade dentaire
L'augmentation
de la largeur d'arcade provoque une variation du diamètre inter seconde
prémolaire. La modification de ce
diamètre va apparaître dans plusieurs cas :
·
lors de la
correction des versions coronolinguales des dents des secteurs latéraux,
·
lors de la
correction des pathologies de la forme d'arcade, notamment lorsque l'on
rencontre une forme en Lyre ou une constriction inhabituelle de la largeur
inter-canines inférieureS à 20 millimètres,
·
dans les cas
d'indication esthétique d'harmonisation du sourire lorsque l'on est en présence
d'une arcade en "V",
·
l'idéalisation
de la forme d'arcade va parfois créer également une certaine expansion au
niveau des secteurs latéraux.
Deux
auteurs américains CETLIN et TEN HOEVE ont présenté en 1983, une étude sur 50
cas traités avec des appareils type "lip bumper" à l'arcade
inférieure. Ils ont obtenu une
augmentation moyenne de la largeur mandibulaire de :
2,5
millimètres
pour les canines
4
millimètres
pour les premières prémolaires
4,5
millimètres
pour les deuxièmes prémolaires
5
millimètres
pour les premières molaires
Ce type d'action entraîne généralement une contention de
longue durée parfois même permanente.
Il convient cependant de rester très prudent quant à
l'expansion au niveau de l'arcade mandibulaire, car le risque de récidive est
très important.
Des
travaux dirigés par AKNIN 1997 ont montré qu’une augmentation de 1 mm de la largeur d’arcade
apporte un crédit d’espace par allongement du périmètre d’arcade d’environ
0,5mm soit 4 fois moins que lorsque la longueur d’arcade est elle aussi
augmentée de 1 mm
(cette allongement de la longueur d’arcade générant un crédit d’espace
d’environ 2 mm)