Pour faire simple la langue cherche le contact avec la lèvre inférieure pour avaler et crée donc une interposition semi permanente entre les arcades et donc une béance.
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V.2. DEGLUTITION
« C’est l’acte par lequel le contenu buccal est propulsé de la bouche vers l'estomac » (KAYSER). Fréquence : 500 à 1200 fois par jour, durée : 1 seconde environ.
Seul le premier temps, le temps buccal, nous intéresse : il permet à la salive ou au bol alimentaire de passer de la cavité buccale au pharynx.
Divers termes ont été utilisés pour décrire la déglutition, mettant en opposition deux types de comportements :
- déglutition adulte, mature, typique, secondaire ;
- déglutition infantile, immature, atypique, primaire.
Classification de ROMETTE (tenant compte de la maturation et de l'équilibre musculaire physiologique) : - déglutition fonctionnelle ;
- déglutition dysfonctionnelle.
V.2.1. Déglutition fonctionnelle
Elle permet une morphogenèse équilibrée des arcades maxillo-mandibulaires
V.2.1.1. Déglutition fœtale
La fonction de déglutition existe dès la 12ème semaine de la vie intra-utérine : le fœtus déglutit le liquide amniotique de façon purement réflexe.
V.2.1.2. Déglutition du nouveau-né et du nourrisson
Chez le nouveau-né, la langue occupe la totalité de la cavité orale. L'épiglotte vient au contact de la luette, ce qui permet au nourrisson de téter et de ventiler en même temps..
Chez le nouveau-né, la déglutition est inséparable de la succion. La cavité buccale se comporte comme une pompe à vide où la langue joue le rôle d'un piston qui monte et qui descend. La déglutition du nné s'effectue :
• arcades séparées
• la musculature oro-labiale assurant l'étanchéité du joint
• la partie active de la pompe aspirante est l'appareil hyo-lingual, il se déplace de façon rythmique vers le bas. Tous les abaisseurs sont mobilisés : digastrique, ptérygoïdiens latéraux, mylohyoïdiens, sternohyoïdiens, omo-hyoïdiens.
V.2.1.3. Déglutition de l’enfant
a) En denture temporaire
La mastication apparaît et la dynamique linguale s'inverse :
- la base de la langue s'immobilise et la pointe devient mobile
- l'orbiculaire perd son rôle de joint puissant => contraction modérée.
- avec l’apparition des dents, l’enfant intègre de nouvelles sensibilités proprioceptives issues des ligaments alvéolo-dentaires. De nouveaux métacircuits se créent au niveau du mésencéphale, qui viennent remplacer les anciens. Les influx moteurs issus du cortex cérébral sont transmis alors au bulbe par la voie pyramidale, ce qui permet une transmission de mouvements plus précis.
- Cependant, la projection linguale cesse rarement à ce stade.
b) En denture mixte
L'éruption des molaires permanentes agrandit la «boite à langue», atténuant les disproportions volumétriques entre le contenu et le contenant.
Le contact molaire pendant la déglutition est fréquent.
Parfois la projection linguale persiste et au moment de la perte des incisives, on peut avoir une régression vers une déglutition archaïque, la langue venant s'engouffrer dans la brèche.
V.2.1.4. Déglutition mature
La mise en fonction des incisives et surtout des canines ainsi que la descente au cours de la croissance de l'os hyoïde, qui suit la quatrième vertèbre cervicale, contribuent à parachever la maturation de la déglutition. C'est alors qu'elle se fait :
• muscles faciaux au repos
• lèvres jointes mais non contractées
• arcades serrées molaires en occlusion
• pointe de la langue en appui palatin antérieur
• la langue contenue à l'intérieur des arcades.
Cependant, la participation péri-orale, la position de la langue, la posture de la tête présentent des variations.
a) Préparation du bol alimentaire
Le bol alimentaire est imprégné de salive et collecté sur le dos de la langue. Il y a formation d'une gouttière médiane par contraction des styloglosses, hyoglosses et lingual supérieur, tandis que la pointe s'élève par contraction du génioglosse.
Cette élévation de la pointe est une constante décrite par tous les auteurs. La base de la langue se déplace légèrement vers l'arrière et les élévateurs se contractent pour immobiliser la mandibule.
b) Déroulement du temps buccal
Jusqu'à la fin du temps buccal, c'est-à-dire le franchissement par le bol alimentaire de l'isthme du gosier, le processus peut être déclenché ou arrêté à volonté.
Ensuite, il échappe à ce contrôle :
- l'orbiculaire des lèvres vient obturer la cavité buccale, le bol alimentaire se trouve sur le dos de la langue ;
- la mandibule s'immobilise par contraction des temporaux postérieurs et la respiration s'arrête ;
- les masséters se contractent et les dents entrent en contact, assurant le calage mandibulaire, juste avant :
- la contraction du mylohyoïdien (+ sus et sous-hyoîdiens) qui permet l'élévation et la protraction de la langue, dont la pointe prend appui sur le palais antérieur ;
- la contraction simultanée des 17 muscles linguaux développe une onde péristaltique de pression d'avant en arrière qui fait progresser le bol alimentaire vers le pharynx, la pointe de la langue étant toujours en appui antérieur, c'est le dos de la langue qui prend appui sur le palais, puis la base sur le palais dur puis sur le palais mou, pour basculer enfin vers la paroi postérieure du pharynx, entraînant le bol alimentaire.
Les pressions exercées seraient de l'ordre de 100 g/cm2 (PROFITT), ce qui expliquerait l'importance des déformations lorsque les appuis sont inadéquats.
N.B. : Une étude cinéfluorographique de SUBTELNY (1970) portant sur des sujets présentant une occlusion normale et d'autres présentant des occlusions pathologiques aboutit aux conclusions suivantes :
• la normalité est loin d'être codifiée et dépend de l'environnement
• il y aurait une adaptation de la déglutition à la forme des arcades
• une seule constante apparaît : la pointe de la langue semble se diriger vers le contact alvéolo-dentaire supérieur.
c) Rôles des afférences
(1) contacts linguo-vélaires et contacts labiaux
Hypothèse de ROMETTE : c'est le contact linguo-vélaire qui permet à la langue de se situer dans l'espace avant d'aller à la recherche du contact antérieur.
(2) afférences de la pointe
La plupart des auteurs considèrent le contact de la pointe de la langue avec la partie antérieure du palais dur, sur la papille rétro-incisive, comme normal. Dans les cas pathologiques, cette recherche de contact existe mais n'est pas toujours réalisable. Elle se fait alors sur les lèvres ou les joues.
(3) contacts dentaires
Ils sont de règle dans la déglutition de type adulte mais de durée inconstante.
Pour SUBTELNY, 20% des sujets présentent un contact dentaire prolongé et 80% un contact très bref.
V.2.2. Déglutition dysfonctionnelle
Des perturbations peuvent survenir dans le fonctionnement musculaire à différents niveaux d'activité, entraînant schématiquement :
• une absence de contacts dentaires
• une contraction exagérée des lèvres et des muscles faciaux
• une projection linguale antérieure ou latérale ou les 2 associées, l'interposition entre les arcades pouvant être uni ou bilatérale.
La combinaison entre dysfonctions survenant aux différents niveaux d'activité aboutit à un certain nombre de formes cliniques ; on peut dire qu'il n'existe pas une mais plusieurs déglutitions dysfonctionnelles.
Il faut examiner avec soin les différents niveaux où peuvent apparaître les dysfonctions.
V.2.2.1. La langue
Le comportement lingual est lié à : la forme, le volume et la position de la langue.
Il est dépendant de la mobilité et la tonicité.
a) La forme
Elle peut être ovoïde, arrondie et large, pointue à base triangulaire, présenter une dépression au niveau de la pointe, être longue et étroite.
Elle peut revêtir un aspect festonné au niveau de ses bords, marquant l'interposition habituelle entre les arcades.
b) Volume
• microglossie = diminution de volume
• macroglossie = augmentation de volume :
• relative : langue d'apparence volumineuse. En fait : langue basculée trop en avant dans la cavité buccale (le plus fréquent)
• vraie : lié à des troubles d'ordre général (mongolisme, troubles endocriniens, acromégalie, lymphangiome) ? le plus rare (1% des cas)
c) Position
Normalement, la langue au repos est contenue à l'intérieur des arcades dentaires, légèrement au-dessous de la ligne d'occlusion. Variations :
• plan vertical : langue trop haute ou trop basse par rapport à la ligne d'occlusion.
• plan sagittal : langue trop antérieure ou trop postérieure
• plan transversal : langue trop étroite ou trop large s'étalant entre les arcades.
Cette position linguale est sous la dépendance d'autres facteurs comme :
(1) le facteur respiratoire
C'est la mécanique ventilatoire qui règle la posture linguale en déterminant verticalement la position de l'os hyoïde :
- Si gêne respiratoire haute (végétations, polypes, déviation de la cloison nasale) => respiration buccale => posture linguale basse et postérieure.
- Si grosses amygdales infectées => projection de la langue vers l'avant.
(2) l'attache mandibulaire
Si brièveté du frein lingual voire ankylose => position linguale trop basse et trop avancée + diminution de mobilité linguale.
(3) la mobilité
Diminution de mobilité linguale = entrave à sa fonction.
(4) tonicité
- soit langue très musclée, hypertonique, développant d'importantes poussées antérieures ou latérales
- soit langue hypotonique, molle qui s'étale entre les arcades ou s'affaisse très bas sous le plan d'occlusion.